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Depuis le mont Herzl, une onde de choc nationale

Un soldat isolé venu de Norvège est inhumé à Jérusalem — et le débat sur la couverture médiatique des drames personnels est relancé
Portrait de Dan Philipson, soldat isolé enterré à Jérusalem, mont Herzl
Le caporal Dan Philipson — un soldat isolé norvégien enterré à Jérusalem

Le dimanche 20 juillet 2025, le caporal Dan Shimshon Mandel Philipson a été enterré au cimetière militaire du mont Herzl, à Jérusalem. Âgé de 19 ans, il était un soldat isolé, originaire de Norvège, décédé durant son service dans la brigade des parachutistes de Tsahal

Dan Philipson avait immigré seul en Israël dans le cadre d’un programme de volontariat international. Après une préparation de trois mois à la base de Mahané Elone, il a intégré la brigade des parachutistes — un rêve qu’il portait depuis longtemps. Il vivait au kibboutz Be’erot Yitzhak et participait au programme Ra’out destiné aux soldats isolés
Ses camarades et ses commandants le décrivent comme un jeune homme discret, travailleur, sensible et profondément engagé. Personne n’avait pressenti la détresse qu’il affrontait seul

Montrer la douleur — sans la glorifier

La publication de son décès a suscité une vive controverse dans les médias israéliens et sur les réseaux sociaux.
Faut-il parler publiquement des drames personnels des soldats — ou au contraire, les taire pour éviter d’en amplifier les conséquences

(Crime de haine à Jérusalem : un geste enflammé)

Pour certains journalistes, familles endeuillées et psychologues, le silence est dangereux : ne pas parler, c’est empêcher la prévention
« Si on n’en parle pas, comment protéger le prochain Dan ? » écrit une militante
D’autres, en revanche, craignent qu’un tel récit n’inspire d’autres jeunes vulnérables. L’émotion, disent-ils, peut se transmettre — et parfois se reproduire

Effet Werther ou effet Papageno

Le débat ne date pas d’hier
En 1974, le sociologue David Phillips a publié une étude montrant qu’après la médiatisation de suicides, le taux de suicide augmentait dans la population. Ce phénomène a été nommé « effet Werther », en référence au roman de Goethe
D’autres recherches sont venues confirmer que ce risque était plus élevé lorsqu’il s’agissait de figures jeunes et idéalisées

Mais une autre approche, plus équilibrée, s’impose peu à peu
Des revues médicales de référence, comme BMJ et The Lancet, insistent sur un point : ce n’est pas le fait de parler, mais la manière
Une couverture sobre, sans détails choquants, qui offre des ressources de soutien et qui évite la glorification, peut au contraire contribuer à la prévention
Ce phénomène inverse porte un nom : « effet Papageno », d’après une étude de l’université de Vienne publiée en 2010

(Jérusalem, rue de la Chaîne : décret ancien, crise nouvelle)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’agir avec responsabilité : il ne s’agit pas d’occulter, mais de transmettre avec soin

À Jérusalem, une tombe — et une question ouverte

Parmi les pierres blanches du mont Herzl, une nouvelle tombe témoigne du combat silencieux d’un jeune homme venu seul en Israël
Peut-on parler de la douleur sans la propager 
Et dans un monde où le silence ne protège plus, les médias peuvent-ils encore choisir de se taire