Les récentes déclarations attribuées à Ziv Agmon, ancien porte-parole du Premier ministre israélien, ont réussi à faire ce que beaucoup espéraient appartenir au passé: raviver les tensions ethniques et tracer de nouvelles lignes de division au sein de la société israélienne.
À Jérusalem, ville où chaque coin de rue est un point de rencontre entre des mondes שונים, de tels propos résonnent de manière particulièrement inquiétante. Entre les ruelles de la vieille ville et le centre animé, les habitants ont appris que la coexistence n’est pas un slogan mais une nécessité. Classer les individus selon leur origine constitue une attaque directe contre l’esprit de Jérusalem, qui célèbre la diversité tout en reposant sur un destin commun.
Le silence du bureau du Premier ministre est-il une prise de position?
Face à cette tempête, le silence marqué du bureau du Premier ministre se distingue. Il ne s’agit pas d’une simple absence de réaction technique, mais d’un signal d’acceptation. Lorsqu’une institution censée incarner l’État s’abstient de condamner un discours clivant, elle creuse un fossé entre le pouvoir et la population.
À Jérusalem, cœur du pouvoir, ce silence résonne fortement. Il suggère que des valeurs fondamentales comme l’égalité et le respect mutuel sont devenues négociables, au lieu d’être des principes intangibles. Cela affaiblit la résilience sociale de la ville et légitime les divisions internes à un moment où Jérusalem a besoin de stabilité.
Pourquoi la résidence présidentielle à Jérusalem reste-t-elle silencieuse?
Le silence ne s’arrête pas au gouvernement. L’institution présidentielle, située dans le quartier de Talbiya à Jérusalem et censée être une boussole morale, reste également muette, ce qui suscite des interrogations. La résidence du président accueille toutes les composantes de la société, et l’absence de prise de position claire contre les distinctions ethniques crée un vide de leadership préoccupant.
Pour de nombreux habitants de Jérusalem, qui voient dans le président une figure d’autorité, ce silence est perçu comme un abandon du rôle historique de l’institution. Si le dernier rempart de l’unité ne la défend pas, il devient difficile d’attendre des citoyens ordinaires qu’ils résistent à l’aggravation des divisions.
Cette fracture peut-elle atteindre les institutions de sécurité à Jérusalem?
La véritable inquiétude est que ce discours ne reste pas limité aux réseaux sociaux, mais qu’il s’infiltre dans les institutions les plus sensibles. Jérusalem concentre un grand nombre de ministères, d’organes de sécurité et d’unités militaires. Que se passera-t-il si un agent de la police des frontières à la porte de Damas commence à voir son collègue à travers un prisme ethnique? Que se passera-t-il si un fonctionnaire fournit des services selon l’appartenance communautaire?
La force de Jérusalem s’est toujours construite sur des institutions qui voient l’individu et non son origine. Si le silence institutionnel transforme la division en norme, il existe un risque réel d’érosion interne des systèmes qui soutiennent la capitale.
L’esprit de Jérusalem peut-il encore unir la ville?
Au final, la meilleure réponse aux tentatives de division se trouve dans les mots de la chanson «Jerusalem Sheli» de Dan Almagor. Elle reflète l’unité complexe de la ville, reliant les parfums du marché Mahane Yehuda au calme de Mea Shearim et aux histoires de personnes issues de toutes les origines.
Jérusalem n’appartient pas à un seul camp. Sa résilience vient du fait qu’elle appartient à tous de manière égale. Ceux qui cherchent à la diviser ne comprennent pas son essence. Face aux discours clivants et au silence des institutions, l’esprit de la ville reste l’ancrage le plus solide.


