Dans les anciens discours de Hassan Nasrallah et dans les publications des unités de propagande du Hezbollah, la guerre contre Israël n’était pas présentée uniquement comme une confrontation militaire ou un conflit frontalier. Elle était souvent décrite comme faisant partie d’un récit religieux ancien, visant à présenter le conflit moderne comme la continuation d’histoires mentionnées dans le Coran. Dans ce récit, Jérusalem apparaît fréquemment comme un objectif symbolique et un centre idéologique du conflit.
L’une des expressions qui revenaient dans cette propagande est «paille dévorée». Elle provient du dernier verset de la sourate Al-Fil, où est décrit le sort des ennemis dans le récit religieux.
Qu’est-ce que la sourate Al-Fil mentionnée dans la propagande autour de Jérusalem?
La sourate Al-Fil, «la sourate de l’Éléphant», raconte l’histoire ancienne d’Abraha, gouverneur chrétien du Yémen, qui selon la tradition islamique marcha avec une grande armée comprenant des éléphants pour détruire la Kaaba à La Mecque.
Selon le récit coranique, Dieu envoya des nuées d’oiseaux – appelés tayran ababil – qui lancèrent des pierres d’argile cuite sur l’armée.
Le dernier verset décrit le résultat par les mots: «Et Il les rendit semblables à une paille dévorée».
Le terme renvoie aux restes de paille ou de tiges laissés dans le champ après la récolte, ou à une matière végétale mâchée et écrasée jusqu’à perdre toute forme. Le message symbolique est clair: une armée puissante est réduite à des restes sans valeur.
Comment le Hezbollah a-t-il utilisé cette histoire dans sa propagande moderne?
Le Hezbollah a utilisé cette image pour établir un parallèle entre le récit religieux ancien et le conflit moderne avec Israël. Dans la propagande de l’organisation, Israël est parfois représenté comme «l’éléphant», une force militaire puissante et technologiquement avancée.
En parallèle, les combattants ou les armes du Hezbollah sont présentés comme l’équivalent moderne des oiseaux du récit.
Le lien apparaît également dans les noms d’armes. L’un des modèles de drones utilisés par l’Iran et le Hezbollah porte le nom «Ababil», en référence directe aux oiseaux mentionnés dans la sourate.
La métaphore suggère que, tout comme de petits oiseaux ont vaincu de grands éléphants dans le récit religieux, une force plus petite pourrait vaincre une armée plus puissante.
Pourquoi Jérusalem apparaît-elle au centre de ce récit?
Dans la propagande du Hezbollah, Jérusalem n’est pas seulement présentée comme une ville mais comme un objectif religieux et symbolique. Elle est souvent décrite comme la destination finale de la lutte.
Dans les affiches et vidéos de propagande, des images du Dôme du Rocher apparaissent parfois aux côtés d’essaims de drones ou de missiles, accompagnées de versets de la sourate Al-Fil. Le message adressé aux partisans est que le combat est présenté comme faisant partie d’une histoire religieuse plus large.
Pourtant, à Jérusalem même, la vie continue au-delà de ces symboles. Au-dessus des collines et des quartiers historiques de la ville volent toujours de véritables oiseaux – la huppe fasciée, la myna commune, la mésange et le moineau domestique – rappelant que la ville est avant tout un lieu vivant, bien au-delà des récits de guerre.
L’expression «paille dévorée» explique-t-elle vraiment la guerre autour de Jérusalem?
Le lien entre la sourate Al-Fil et les attaques militaires modernes est surtout une tentative de donner une dimension religieuse à un conflit politique et militaire contemporain.
Pour le Hezbollah, ce récit permet de relier la foi à la guerre moderne. Mais pour beaucoup d’habitants de Jérusalem, ces images restent avant tout un élément de propagande plutôt qu’une explication de la réalité complexe dans laquelle la ville continue de vivre.


