Tou Bichvat, la fête juive des arbres, est bien plus qu’une journée de fruits et de plantations dans le calendrier hébraïque. C’est un moment où la terre semble trouver une voix, où les arbres deviennent des repères culturels et environnementaux et où le lien entre l’homme et le sol se renforce de nouveau. Sur Yisrael Zarhi Street, dans le quartier Ramot à Jérusalem, se dresse un grand cèdre qui regarde en arrière à travers les décennies. Il ne porte ni figues ni amandes, mais il porte quelque chose de plus rare, la mémoire. Planté au cœur d’un quartier fondé en 1974, ce cèdre a vu des racines s’enfoncer puis s’arracher dans le paysage changeant de Jérusalem. Toujours vert, il a observé d’en haut la transformation progressive du visage du quartier.
À quoi ressemblait autrefois le quartier Ramot à Jérusalem ?
Dans les années 1970 et 1980, Ramot était un quartier jeune, largement laïque et plein d’espoir pour l’avenir. De jeunes couples y affluaient, enseignants, journalistes, avocats, médecins, commerçants et économistes. L’école publique « Ramot G » sur Zundak Street 1 accueillait plus de 1 500 élèves. Les enfants venaient de toutes les rues du quartier, Shay Street, Derech HaHoresh, Yisrael Zarhi, Aharon Eshkoli et d’autres, vers une école dont la vision reposait sur la démocratie et les valeurs. C’était un quartier d’élite au sens moral, une communauté qui croyait en l’éducation, la culture et la responsabilité civique.
À ses débuts, Ramot abritait également des familles connues. Parmi elles la famille de Moshe Nussbaum, ancien commentateur police et sécurité intérieure, la famille d’Ehud Yaari, analyste du Moyen-Orient, la famille de la présentatrice Anat Saran, le journaliste défunt Amos Arbel, Danny Deutsch, ancien météorologue et actuel porte-parole du Home Front Command, la juge Shulamit Dotan et, à l’opposé, aussi la famille de Danny Maoz, accusé plus tard dans le tragique meurtre de ses parents.
Des commerçants travaillant avec honnêteté et cherchant à gagner leur vie tout en soutenant Jérusalem vivaient aussi à Ramot, dont la famille Cohen, fondatrice du célèbre « Bazaar Strauss ».
Avec ce capital humain, Ramot a prospéré. On y trouvait des bibliothèques pour enfants et adultes, une piscine et des célébrations communes du Jour du Souvenir, du Jour de l’Indépendance, de Lag BaOmer et d’autres fêtes. Des jardins soignés bordaient les maisons, des terrains de sport étaient présents et l’école pour élèves surdoués « Ofek » se distinguait. Les rues Recanati, Ben Ze’ev et Zundak étaient animées. Le petit supermarché géré par les frères Naamad vendait presque tout, y compris des cartes de collection pour les albums d’enfants.
Puis, sans annonce officielle et sans panneau à l’entrée, Ramot a commencé à changer.
Comment le quartier Ramot à Jérusalem a-t-il évolué au fil des années ?
Les familles de longue date sont parties progressivement. Toute l’essence culturelle a pris un autre caractère. Les zones où jouaient les enfants et où opérait le mouvement de jeunesse des Scouts ont été remplacées par des institutions religieuses.
Aujourd’hui, Ramot est l’un des plus grands quartiers ultra-orthodoxes et religieux de Jérusalem.
C’est ainsi que raconte le vieux cèdre, l’un des témoins silencieux du quartier. Peut-être que la fête juive des arbres, connue en hébreu sous le nom de Tou Bichvat, est une invitation opportune à la réflexion.


