Les ultra-orthodoxes à Jérusalem ignorent la guerre avec l’Iran

Même en pleine guerre et sous les sirènes : l’arrestation d’un insoumis déclenche une manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem, avec affrontements et paralysie du tramway
Des ultra-orthodoxes bloquent le tramway léger à Jérusalem pendant la guerre avec l’Iran
Des ultra-orthodoxes bloquent le tramway léger à Jérusalem lors d’une manifestation contre l’arrestation d’un insoumis

À Jérusalem, il y a des moments où l’on comprend que la ville ne fonctionne pas selon une seule logique. Ni sécuritaire, ni politique, ni même quotidienne. Différents mondes y coexistent, parfois sans réellement se croiser.

C’est ce qui est apparu dimanche. Alors que la majorité du pays était concentrée sur la guerre avec l’Iran, les sirènes et les interceptions, une autre réalité prenait forme sur le boulevard Bar-Lev. L’arrestation d’un jeune homme ultra-orthodoxe, considéré comme insoumis au service militaire, a rapidement attiré des centaines de personnes dans la rue. La circulation a été bloquée, le tramway léger interrompu, et des affrontements ont éclaté avec la police.

La police du district de Jérusalem a indiqué que ses forces, ainsi que des unités de la police des frontières, sont intervenues pour disperser les troubles après que des manifestants ont bloqué la route et les rails du tramway. Selon le communiqué, les participants « n’ont pas obéi aux instructions de la police », et les forces ont agi pour rétablir l’ordre et rouvrir les axes.

Ce type de scène est devenu familier. Mais derrière, il y a une réalité plus profonde qui revient sans cesse, souvent sans lien direct avec le contexte national.

Pourquoi la loi sur la conscription déclenche-t-elle encore des manifestations ultra-orthodoxes à Jérusalem ?

La loi sur la conscription est depuis longtemps l’un des sujets les plus sensibles de la société israélienne. Pendant des décennies, les étudiants des écoles religieuses ont bénéficié de reports de service quasi automatiques. Cela n’a jamais été complètement stabilisé sur le plan juridique, mais c’est devenu la norme.

Ces dernières années, cet équilibre s’est fragilisé. Des décisions de la Cour suprême ont annulé des dispositifs existants, les gouvernements ont tenté d’en proposer de nouveaux, et la pression publique pour une égalité du service s’est intensifiée.

Dans ce contexte, de nombreux jeunes ultra-orthodoxes se retrouvent dans une zone grise : leur report expire, ils sont appelés à se présenter, et ils ne le font pas. Aux yeux de l’État, ils deviennent des insoumis.

Au sein de leur communauté, la perception est tout autre. Cela est vu comme une tentative de modifier un mode de vie centré sur l’étude religieuse. C’est pourquoi chaque arrestation de ce type peut rapidement déclencher une mobilisation.

Où trouve-t-on ailleurs dans le monde des communautés fermées qui ne suivent pas les règles de l’État ?

Ce phénomène n’est pas propre à Jérusalem, mais il y est particulièrement visible. Dans plusieurs pays, certaines communautés organisent leur vie selon leurs propres règles, parfois en tension avec les autorités.

Aux États-Unis, les communautés amish vivent de manière largement autonome, avec leurs propres systèmes éducatifs et sociaux. Même en période de crise nationale, leur quotidien évolue peu.

En Europe, des communautés ultra-orthodoxes à Londres ou à Anvers ont connu des frictions avec les autorités, notamment pendant la pandémie de Covid-19, lorsque certaines ont continué à suivre leurs règles internes malgré les restrictions officielles.

Il existe aussi des exemples non religieux, dans des régions où l’identité locale est très forte et où les décisions communautaires priment sur les directives nationales.

À Jérusalem, toutefois, cela se déroule dans un contexte sécuritaire tendu. Alors qu’une partie de la ville vit au rythme des sirènes et des menaces de missiles, une autre se concentre sur une lutte totalement différente, celle de la conscription.

Au final, ce qui s’est passé dimanche n’était pas seulement une manifestation locale. C’est un rappel que plusieurs réalités sociales coexistent en Israël, sans toujours se rejoindre ni partager les mêmes priorités.