Après avoir purgé 40 ans de prison, Ibrahim Naif Abu Mukh, environ 65 ans, Arabe israélien ayant fait partie de la cellule qui a enlevé et assassiné en 1984 le soldat Moshe Tamam, a été libéré ce dimanche. Abu Mukh avait planifié l’enlèvement et le meurtre alors qu’il vivait à Jérusalem, où son atelier de menuiserie servait de base logistique au groupe.
L’affaire du meurtre de Moshe Tamam est considérée comme l’une des plus choquantes dans l’histoire de la lutte contre le terrorisme en Israël, notamment parce que les auteurs étaient des citoyens israéliens opérant comme une cellule organisée. Cette affaire a conduit à plusieurs changements législatifs.
Comment Moshe Tamam a-t-il été enlevé et tué au carrefour de Beit Lid ?
Le 6 août 1984, Moshe Tamam, soldat du génie de combat, a quitté son domicile à Habatzellet HaSharon pendant une permission pour rejoindre sa base. Il a été vu pour la dernière fois descendant d’un bus au carrefour de Beit Lid en soirée. Une cellule composée d’Arabes israéliens de Baqa al-Gharbiyyeh, affiliée au Front populaire de libération de la Palestine et formée en Syrie, avait planifié l’enlèvement d’un soldat afin de négocier la libération de prisonniers. Les membres du groupe ont « repéré » Tamam au carrefour et l’ont fait monter dans leur véhicule comme auto-stoppeur. Sous la menace d’une arme, ils l’ont conduit en Samarie. Selon les témoignages, il a été détenu pendant deux jours. Lorsque les tentatives de négociation ont échoué, il a été torturé puis exécuté d’une balle dans la tête dans un verger près de la localité de Mevo Dotan. Son corps n’a été retrouvé qu’après quatre jours de recherches intensives.
Ce n’est qu’environ deux ans plus tard que le Shin Bet a démantelé la cellule. Ses membres étaient Walid Daqqa, Ibrahim Abu Mukh, Rushdi Abu Mukh et Ibrahim Biadasa. Tous ont été condamnés à la réclusion à perpétuité.
Quel rôle l’atelier de Jérusalem a-t-il joué dans la planification ?
Abu Mukh a initié et planifié l’enlèvement alors qu’il vivait à Jérusalem. Il s’y est installé au début des années 1980 et y a vécu environ cinq ans, près de sa sœur, sa seule proche après qu’ils eurent été orphelins enfants. Il habitait dans le quartier d’Abu Tor, au sud de la Vieille Ville, et gagnait sa vie grâce à un petit atelier de menuiserie dans le quartier de Wadi al-Joz.
Ibrahim Abu Mukh (25 ans lors de son arrestation) était considéré comme le cerveau logistique de la cellule. Ses voisins le décrivaient comme discret et réservé. Selon les soupçons, il utilisait son véhicule et son atelier pour stocker l’arme et organiser des réunions clandestines avec d’autres membres arrivés de Baqa. L’atelier servait de base opérationnelle. C’est là qu’il rencontrait Walid Daqqa et que l’idée d’un enlèvement à des fins de négociation a émergé. La décision de se rendre au carrefour de Beit Lid pour « cibler » un soldat y a également été prise. Abu Mukh, qui connaissait bien Jérusalem et ses accès, était considéré comme la figure la plus responsable du groupe.
Au fil des années, des organisations ont tenté d’obtenir la libération des membres de cette cellule. Ce fut notamment le cas lors de l’accord Shalit en 2011, mais le gouvernement israélien a fermement refusé en raison de la gravité des faits et du fait qu’ils étaient citoyens du pays. En 2014, dans le cadre des négociations avec l’Autorité palestinienne, ils devaient être libérés lors de la quatrième phase des « prisonniers pré-Oslo », mais cette phase a été annulée et ils sont restés en détention.
En 2012, après une bataille juridique et publique, le président Shimon Peres a réduit leurs peines à 35–40 ans (celle d’Abu Mukh a été fixée à 40 ans). Rushdi Abu Mukh a été libéré en avril 2021 après 35 ans de prison. Walid Daqqa, considéré comme l’intellectuel du groupe, est décédé en prison le 7 avril 2024 d’un cancer, et son corps est toujours retenu par Israël. Ibrahim Biadasa est le dernier membre encore incarcéré.
Comment le combat de la famille Tamam est-il devenu un symbole de changement législatif ?
Le combat de la famille Tamam, mené notamment par la nièce Dr Ortal Tamam, est devenu en Israël un symbole du refus de libérer des terroristes « avec du sang sur les mains », en particulier lorsqu’ils sont citoyens du pays. Ce combat a conduit à des changements juridiques importants et à des précédents. Parmi eux, la « loi Moshe Tamam » (amendement à la loi antiterroriste), visant à empêcher le financement public d’institutions culturelles glorifiant le terrorisme. La loi a également été modifiée afin de permettre le retrait de la citoyenneté ou du statut de résident aux terroristes recevant des paiements de l’Autorité palestinienne.


