Dans la nuit calme de Jérusalem-Est, un incendie a ravivé un débat ancien. Dans le quartier d’Issawiya, des inconnus ont mis le feu à une voiture appartenant, selon les soupçons, au cheikh Wadi' al-Jaabari, figure religieuse et politique originaire d’Hébron. Les pompiers sont intervenus pour maîtriser les flammes, tandis que la police israélienne a ouvert une enquête. Mais au-delà de l’acte criminel, c’est une guerre d’idées qui a soudainement pris feu
Car le cheikh al-Jaabari n’est pas un homme comme les autres. Il porte un projet audacieux : celui d’une « Émirat d’Hébron », séparé de l’Autorité palestinienne, prêt à reconnaître Israël comme État juif, et désireux de rejoindre les Accords d’Abraham. Un projet qui, s’il fascine certaines chancelleries occidentales, suscite colère, rejet et même menaces dans une partie de la rue palestinienne
مصادر محلية: شبان يحرقون مركبة "وديع الجعبري" في بلدة العيساوية بالقدس، والذي أعلن الاحتلال أنه تواصل معه لتأسيس ما يسمى "إمارة الخليل" pic.twitter.com/uqrsZBrCPt
— شبكة قدس الإخبارية (@qudsn) July 9, 2025
Depuis la publication de cette initiative dans le Wall Street Journal, plusieurs branches de la puissante famille Jaabari à Hébron ont publié des communiqués condamnant l’idée. Certains habitants d’Issawiya ont exprimé ouvertement leur hostilité, allant jusqu’à qualifier le cheikh de traître. L’incendie de sa voiture serait la suite logique de cette hostilité croissante
Le projet de « l’Émirat d’Hébron » : rupture ou trahison
Contrairement aux négociations classiques menées par le sommet, le cheikh Jaabari propose une démarche ascendante :
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Rupture totale avec l’Autorité palestinienne, jugée corrompue et illégitime
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Reconnaissance pleine d’Israël, en tant qu’État du peuple juif
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Refus catégorique du terrorisme, au nom d’un islam de paix
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Adhésion aux Accords d’Abraham, pour la normalisation avec Israël
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Création de zones économiques mixtes, et extension des permis de travail
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Remplacement des Accords d’Oslo, jugés obsolètes
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Reconnaissance de la légitimité des tribus locales à Hébron
Une proposition qui bouscule les codes, et qui trouve à Jérusalem un théâtre plus qu’emblématique
(Journaliste lié au Hezbollah arrêté près de Jérusalem)
Jérusalem, encore et toujours
Ce n’est pas à Hébron que la voiture du cheikh a été incendiée, mais bien à Jérusalem. Car dans cette ville, tout message devient symbole. Y brûler une voiture, c’est brûler une idée. Et dans le cas présent : celle d’une paix arabe-israélienne initiée non par des traités internationaux, mais par un cheikh venu du cœur de la Cisjordanie.


