À Jérusalem, le temps tourne la page. Une boutique fermée, une devanture vide, un artisan de moins — et quelque chose de nouveau, discret, qui prend la place. Rue Pines, face à la place Davidka, le changement ne fait pas de bruit. Une porte close, un rideau tiré. Des passants s’arrêtent, jettent un œil à l’intérieur. Ce n’est plus qu’une ombre du « Salon Adi », un salon de coiffure pour hommes qui a servi la ville pendant environ 50 ans
Un salon — et une époque
Là où les ciseaux claquaient autrefois, c’est désormais le silence. Les outils ont disparu. Les lumières sont éteintes. Adi, le coiffeur adoré par plusieurs générations, a pris sa retraite. Une institution disparaît, et avec elle, un chapitre de Jérusalem
« Je venais ici avec mon fils depuis qu’il était petit », raconte Pini, un client fidèle. « Si Adi arrête, c’est peut-être que j’ai vieilli, moi aussi
(Jérusalem change : 1 300 logements redessinent la ville)
Le salon était niché entre une laverie et une boutique d’aquariophilie. Mais c’était bien plus qu’un salon de coiffure. Un refuge masculin au cœur de la ville, à deux pas du marché, où les récits circulaient aussi naturellement que les coupes. On entrait en père, on ressortait en fils, le sourire aux lèvres, la nuque fraîche — et la tête pleine d’anecdotes
Une vague de fermetures, un rythme nouveau
La fermeture du Salon Adi n’est pas un cas isolé. Elle illustre une mutation plus large dans Jérusalem. La boucherie des frères Hamawi au marché de Mahane Yehuda a tiré le rideau. La boutique de pickles de « Uri » a été transmise à ses fils. Le fameux restaurant « Hatzot » rue Agripas est passé aux mains d’une génération connectée, avec les mêmes épices — mais une langue marketing bien différente
Ce qui reste : la main, la mémoire
Certains se souviennent peut-être de « Amal », la boutique d’osier de la rue David Yellin, tenue par Yonah et Yaakov Gil, deux artisans aveugles. Dans l’obscurité, ils façonnaient la lumière. Aujourd’hui, leur fille Nurit perpétue l’héritage — des chaises restaurées avec un style à la fois ancien, artistique, et profondément ancré dans Jérusalem
Comme un olivier, Jérusalem se renouvelle
Les enseignes ont changé. Le forgeron, le vitrier, l’horloger ont cédé leur place à des réparateurs de téléphones, à la médecine naturelle, aux cartes SIM
Mais Jérusalem est comme un vieil olivier : elle ne sèche pas. Elle pousse encore
(Jérusalem, rue de la Chaîne : décret ancien, crise nouvelle)
La nouvelle génération ne balaie pas le passé — elle s’en inspire. Quand nous disons adieu à nos coiffeurs, cordonniers, menuisiers ou commerçants, nous perdons plus que des visages familiers : ce sont des sons, des odeurs, une mémoire partagée
Mais tout ne disparaît pas
Parfois, les jeunes reconstruisent
Et parfois, ils nous étonnent


