Cette semaine, en entrant dans une boutique de jus du marché Mahane Yehuda à Jérusalem pour acheter une bouteille d’eau, une image m’est revenue — celle de Yair Horn, otage libéré, et de son frère Eitan encore détenu à Gaza, buvant une eau trouble et polluée
Et soudain j’ai compris
La destruction n’est pas du passé
Un message éducatif pour les enfants ? Un jour de jeûne
Les trois semaines de deuil, entre la brèche des murailles de Jérusalem et la destruction du Temple, sont censées raviver la mémoire historique. Cette semaine a commencé avec le jeûne du 17 Tamouz — une rencontre entre calendrier hébraïque et douleur nationale
Près d’un jardin d’enfants, j’ai entendu une petite fille dire à son père : « Papa, la maîtresse a dit que toi et maman n’avez pas le droit de manger aujourd’hui
Je ne savais pas s’il fallait en rire ou en pleurer
(La foi au sommet : Jérusalem rassemblée pour Or HaHaïm)
La fracture est déjà là
La vraie question est de savoir si nous saurons la reconnaître avant qu’elle ne nous frappe à nouveau — non comme une tragédie antique, mais comme une menace imminente. La destruction ne surgit pas en un jour ; elle se construit lentement, dans le silence et l’indifférence
Presque deux ans plus tard, la société israélienne reste à genoux : des soldats au combat, des civils oubliés, 50 otages affaiblis dans les tunnels de Gaza, et des questions existentielles dans chaque conversation
Les trottoirs de Jérusalem reflètent un peuple brisé
Sous la chaleur du mois de juillet, le marché Mahane Yehuda est calme et baissé les yeux
Les acheteurs passent devant des magasins fermés. Les courses se font sans enthousiasme. Le quotidien semble imposé
De la destruction du premier et du second Temple à l’effondrement social actuel — Jérusalem baisse la tête
Cette ville porte la mémoire dans sa pierre : la brèche, le siège, les rouleaux brûlés, la profanation du sacré. Les fêtes sont repoussées. Les réjouissances se taisent. Même les boucheries sont fermées
C’est ici — au cœur commercial et culinaire de la ville — entre les jus de fruits et les stands de falafel, que les jours anciens rencontrent le présent
Jérusalem n’oublie pas
Son archive conserve des siècles de douleur
Elle parle en plusieurs langues — les cloches d’église, les shofars du Mur, l’appel du muezzin
Pendant ces trois semaines, chaque son intensifie le sentiment que la douleur de Jérusalem est celle d’un peuple entier
(Jérusalem brûle : la paix selon un cheikh)
Même après cette période de deuil, la douleur persistera : le chagrin des familles endeuillées, les pleurs sur le mont Herzl, et l’indifférence glaciale de la société
Chaque trottoir de Jérusalem confronte ses habitants à des ruines — certaines anciennes, d’autres atrocement récentes
La ville porte sur les épaules de ses citoyens le poids mental d’une destruction ancienne et d’un effondrement moderne
Ces trois semaines nous invitent à nous arrêter — à ne pas replonger trop vite dans l’habitude
À rester un instant dans ce chagrin prolongé, non seulement pour se souvenir du passé
mais pour se demander ce qui pourrait arriver
si rien ne change
Le désastre n’est pas un chapitre fermé
C’est une présence vivante et silencieuse qui attend qu’on la reconnaisse — et qu’on lui réponde


