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Jérusalem, rue de la Chaîne : décret ancien, crise nouvelle

Un ministre israélien relance un décret de 1967, ravivant les tensions autour de la vieille ville de Jérusalem
Al-Tashtamariya School building on Chain Street in Jerusalem, next to Israeli minister Meir Porush
À droite : la madrasa al-Tashtamariya, bâtiment historique de l’époque mamelouke à Jérusalem ; à gauche : Meir Porush, ministre israélien à l’origine du décret. (Photo : Wikipedia بواسطة Bukvoed - CC BY 4.0)

Juste avant de quitter ses fonctions, le ministre israélien des Affaires de Jérusalem, Meir Porush, a signé un ordre d'exécution d’un décret d’expropriation émis peu après la guerre de 1967. L’ordre vise des biens détenus par des Palestiniens dans la rue de la Chaîne (Bab al-Silsila), un axe central de la vieille ville de Jérusalem, à proximité immédiate du Mur occidental, de l’Esplanade des Mosquées et de la mosquée Al-Aqsa

Si ce décret avait déjà été partiellement appliqué pour agrandir le quartier juif, les propriétés bordant la façade orientale de la rue de la Chaîne avaient jusque-là été épargnées — en raison de leur charge religieuse et diplomatique

(Visage blessé à Jérusalem : les chauffeurs protestent)

Dans sa lettre à la société de développement du quartier juif, Porush écrit :
« Cette rue revêt une importance stratégique et historique. Il est temps d'y affirmer notre souveraineté
Il conclut par une citation biblique : « Je rebâtirai Jérusalem et j'aurai compassion d'elle

Un lieu emblématique de l’identité islamique

Parmi les biens visés figure notamment la madrasa al-Tashtamariya, construite en 1382 par l’émir mamelouk Tashtamur al-Ala’i. Cet ancien centre d'enseignement religieux abrite aujourd’hui des familles palestiniennes, des commerces, ainsi que les bureaux du Conseil islamique suprême, dirigé par le cheikh Ekrima Sabri, ancien mufti de Jérusalem, connu pour ses prises de position contre l’« israélisation » de l’Esplanade.

La madrasa est l’un des trois grands centres islamiques construits à l’époque mamelouke autour de l’Esplanade.

Marchés historiques et résistances culturelles

L’ordre d’expropriation concerne aussi d’autres lieux symboliques comme le Khan al-Fahm (ancien entrepôt de charbon), le souq al-Shawaya (marché dédié à la viande grillée), et le souq al-Mubayidin (atelier traditionnel de blanchiment de tissus).

Pour de nombreux Palestiniens, l’initiative est perçue comme une tentative d’éloigner les Mourabitoun, des militants islamiques qui défendent symboliquement l’Esplanade contre toute présence non-musulmane. Depuis leur éviction du site, ils se rassemblent souvent dans cette rue

(Une tête d’âne sur une grille à Jérusalem)

La réactivation de ce décret, même à l’état de projet, suscite déjà l’inquiétude dans les cercles palestiniens et arabes, tant pour ses conséquences pratiques que pour sa charge symbolique : une remise en cause des équilibres fragiles au cœur spirituel de Jérusalem