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La révolution du béton à Jérusalem et son prix silencieux

Du quartier de la Première Gare au tramway et aux tours – Jérusalem change de visage, mais à quel prix
Construction fencing at Jerusalem’s historic First Station, now part of a dramatic urban transformation project
L’ancienne Première Gare de Jérusalem, en pleine transformation – un symbole du changement urbain qui suscite aussi des inquiétudes. (Photo : Jérusalem en ligne – Yuli Kraus)

La nuit, pendant que la ville dort, le béton continue de couler. Des pelleteuses creusent, des barrières bloquent les trottoirs, et des panneaux promettent un avenir meilleur – comme celui affiché à la Première Gare de Jérusalem : « De la Première Gare à la gare du futur

Mais quelque chose dans ces mots semble déconnecté. Jérusalem n’a pas besoin d’une vision en béton – elle a besoin d’une âme. Et cette âme, selon de plus en plus de résidents, commence à se fissurer

La Première Gare – et peut-être la dernière

Dans l’ancienne gare ottomane – symbole des débuts modernes de Jérusalem – une nouvelle transformation est en cours. Commerciale, aseptisée, pleine de projets immobiliers et de restaurants chics

« Ce n’est plus la Première Gare – c’est une gare sans passé », disent certains habitants. « Elle ne mène nulle part. Elle reste figée dans une expérience préfabriquée

(Har Homa : logements, nature et espoir à Jérusalem)

Le tramway – une seule voie, une ville divisée

Le long de la rue Jaffa, de la route Hébron, vers Guilo, Baka et Talpiot – tout Jérusalem est en chantier : poussière, bruit, rues barrées, et promesses à long terme

Le tramway est censé raccourcir les trajets et connecter les quartiers – mais en attendant, il creuse aussi des fractures. Des commerçants rapportent des pertes, les piétons sont frustrés, et les résidents disent que la ville est déconstruite avant même d’être reconstruite

Des exemples à travers le monde le montrent : un développement sans attention à l’humain peut devenir un fardeau psychologique

Une construction sans fin – renouvellement ou effacement du sentiment d’appartenance

À Kiryat Yovel, Ir Ganim, Givat Mordechai ou Pisgat Zeev – les tours s’élèvent, portées par des projets de renouvellement urbain accéléré. L’objectif : densité, logement, infrastructures

Mais la réalité ne ressemble pas toujours aux belles images de promotion. Les anciens habitants sentent qu’on leur vole l’horizon, la lumière, et l’histoire gravée dans les vieux murs

« Chaque quartier devient un bloc de béton », disent-ils. « Et ce qu’on construit – ce n’est pas pour nous. »

(Un chanteur pop au cœur d’une polémique à Jérusalem)

Les villes qui ont bâti – et qui l’ont regretté

Une étude de l’université Harvard souligne un phénomène inquiétant : des villes reconstruites à la hâte après des crises ont perdu le lien avec leur mémoire, leur communauté et leur identité. Des exemples comme Beyrouth, Belgrade ou certains quartiers de Barcelone montrent que le béton ne guérit pas – il peut isoler

Ce qui commence comme un projet d’infrastructure peut se transformer en révolution mentale. Ce qui semble être un renouveau peut en réalité effacer le lien émotionnel

Pas contre le progrès – mais pour l’identité humaine

Ce n’est pas une opposition au développement. Jérusalem doit avancer. Mais à chaque couche de béton, il faut une couche de mémoire. À chaque tour, une histoire. Et à chaque gare – des haltes humaines

Jérusalem se construit. Mais pour qui, au juste