Au cœur de Har Hotzvim – principal quartier technologique de Jérusalem – une inquiétude silencieuse gagne du terrain. Ce lieu autrefois associé à la stabilité, à l’innovation et à l’avenir du pays, semble désormais suspendu entre deux époques : celle de l’humain – et celle de l’algorithme.
« On le sent dans l’air – moins de réunions, moins d’e-mails, moins d’énergie », confie Adi, cheffe de produit avec plus de dix ans d’expérience. « Il y a un an, on parlait de croissance. Aujourd’hui, chacun se demande s’il sera encore là demain. On vit dans un mode d’attente permanent – comme avant une coupure de courant
Daniel, développeur confirmé, partage un ressenti encore plus profond
« Je n’ai pas été licencié parce que j’étais mauvais. Juste parce qu’on a trouvé une autre façon de faire ce que je fais – sans moi. Les outils d’IA apprennent vite, et vont encore plus vite. Tu regardes ton propre code, et tu te demandes si tu n’es pas le dernier humain à l’avoir écrit
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Quand l’algorithme remplace les équipes
Le ralentissement du secteur technologique n’est plus seulement une question de budget – c’est une transformation structurelle. L’intelligence artificielle ne se contente plus d’assister : elle exécute
Des plateformes comme GPT, des bibliothèques open source et des outils d’automatisation avancés réalisent désormais en quelques minutes ce qui nécessitait autrefois des équipes entières. Dans une industrie où le coût du travail est élevé, les machines gagnent du terrain
Selon des estimations internationales, jusqu’à 44 % des tâches dans les domaines du développement, du test et de l’analyse de données pourraient être automatisées d’ici 2026. Dans une ville comme Jérusalem, où la technologie rencontre des enjeux identitaires et nationaux, les répercussions pourraient être considérables
Vers 25 % de perte d’emplois à Jérusalem
Les analystes avertissent qu’une partie significative des postes dans la tech pourrait disparaître, en particulier chez les jeunes développeurs ou les profils techniques standards. À Har Hotzvim, l’impact serait immédiat – sur le marché du travail, l’immobilier, la consommation locale, et l’équilibre fragile de la capitale
Car ici, la high-tech n’est pas un simple moteur économique : c’est un symbole de réussite dans une ville fracturée, un pont potentiel entre populations, une promesse d’avenir. Si ce pilier s’effondre, les conséquences dépasseraient le monde du numérique
Réinventer son métier ou être remplacé
Certains voient dans cette crise une opportunité de mutation. L’IA ne supprime pas tous les emplois – elle les transforme. Ceux qui sauront dompter les outils, associer créativité et stratégie, pourront peut-être rester dans la course
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Mais pour beaucoup, la vitesse du changement est la vraie menace. « Même si de nouveaux métiers émergent », explique Adi, « qui restera là pour les occuper ? Et qui donnera sa chance à quelqu’un qui a déjà été mis dehors ? On n’a pas eu le temps de se préparer
À Har Hotzvim, les bureaux restent lumineux – mais les couloirs, eux, sont de plus en plus silencieux


