Il est midi passé et le marché Mahane Yehuda prend ses teintes vertes. En pleine semaine, les clients de Jérusalem songent déjà au menu du Shabbat. Malgré les perturbations du tramway, ils se fraient un chemin entre les courgettes, les haricots verts, les haricots jaunes, les épinards et les brocolis. Mais une vedette domine : le gombo
Cette année, ce légume familier revient en force avec des présentations inédites. Près des marchands : des gombos durs et matures. Près des clients : des gousses tendres, fraîches et séduisantes. Mais attention — le choix n’est pas toujours permis
En 2025, à Mahane Yehuda, dans une Jérusalem post-guerre avec l’Iran, le gombo se vend aussi en barquettes plastique. Une scène rare, autant pour le produit que pour les acheteurs. Devant la boutique d’Abou Hassan, rue Peri Hadash, un groupe de jeunes femmes stylées observe — sans acheter. « Trop collant », murmure l’une d’elles
« Il y a du petit gombo, de l’égyptien, long ou court », explique Abou Hassan. « Moi, je le ramène de la Vieille Ville
Des champs du sud au cœur de Jérusalem
Le gombo, légume désormais emblématique de Jérusalem, attend les vrais cuisiniers — ceux qui l’apprêtent avec viande, tomates, ail et citron. Son prix ? Entre 30 et 40 shekels le kilo
Pourquoi si cher
Gabi, rue Beit Yaakov, son étal croule sous les herbes fraîches, les mini-aubergines et bien sûr le gombo, explique : « Tout vient de Be’er Tuvia et des champs du sud. Le gombo est fragile – il demande une irrigation précise, une récolte quotidienne, un traitement antiparasitaire équilibré, et surtout de la main-d’œuvre permanente
Depuis le 7 octobre, tout cela manque. « Il faut qu’il arrive le lendemain de la cueillette. Sinon, il perd en qualité
(L’été revient à Jérusalem – fête et liberté retrouvée)
Ni pour les enfants – ni pour les radins
La saison ne tient pas compte du prix. Le gombo entre en cuisine avec fierté
Riche en fer, en vitamine C et en fibres, il régule le sucre, réduit le cholestérol et soigne bien d’autres maux. Le secret ? Une friture rapide avant cuisson — et beaucoup d’ail
Dans le « parlement » du marché, on entend ce qu’on entendait déjà sur l’aubergine, le chou-fleur ou les fèves : « C’est un goût d’adultes, pas d’enfants ! » Eux préfèrent frites, saucisses, hamburgers, falafel. Mais nous, en grandissant, on a changé. Ceux qui jadis n’aimaient que la tomate ou le concombre rêvent désormais de gombo — comme maman cuisinait, malgré nos grimaces
Aujourd’hui, on attend la saison, on choisit chaque gousse comme un bijou — et on paye, quoi qu’il en coûte


