La tasse vide se remplit à nouveau : les “parlements” matinaux de la rue Jaffa à Jérusalem retrouvent vie. Il y a quelques semaines à peine, les chaises étaient retournées et les pavés ne résonnaient que du silence. L'attaque israélienne en Iran avait mis la routine en pause
Aujourd’hui, la mélodie est revenue. Pas par des haut-parleurs, mais par la bouche de Nissim, qui analyse une fois de plus la situation avec ses amis fidèles autour d’une table de la rue Jaffa – une artère historique qui retrouve son rythme, génération après génération
Como estas ? En route vers Mahane Yehuda
Même sans tramway – suspendu en raison des travaux – les lève-tôt de Jérusalem affluent vers leurs cafés habituels. Chapeaux vissés sur la tête, journal sous le bras, ils s’installent sous les parasols. Au loin, le marché de Mahane Yehuda bourdonne : chariots chargés de marchandises, odeurs de falafel, shawarma et fritures épicées
La plupart sont des hommes aux cheveux gris, retraités ayant formé leur cercle social quotidien, du matin jusqu’au début de l’après-midi
(Okra au marché Mahane Yehuda : le goût des grands)
« Salut, quoi de neuf ? ¿Como estas ? Et ton lumbago, t’as mis du Voltaren hier soir ? » – voilà comment commence la journée.
« Pas de nouvelles aujourd’hui, juste du sheshbesh et les histoires de Haïm Mizrahi
Haïm Mizrahi, ancien chauffeur de taxi, est bien connu à Jérusalem. Son père l’était aussi, mais sans adhérer à un parlement de rue. Plutôt que de se disputer à la maison sur les factures ou les enfants, ils préfèrent une routine détendue : café, bourekas, jus d’orange ou de carotte. Parfois, une femme âgée s’invite et apporte un souffle de fraîcheur avec des récits de cuisine ou des potins de “Secret Story
Dans le quartier arménien – un café et un monde
Non loin de la place Safra, un autre parlement fonctionne depuis des années – principalement masculin, religieux et laïque, tous marqués par le temps comme les rues Jaffa et King George
Un passant lance à la volée
« Alors, votre cabinet a tranché ? Une décision aujourd’hui
(L’été revient à Jérusalem – fête et liberté retrouvée)
Avimélekh, retraité du ministère des Cultes, rit
« Ici, on parle de la vie. Certains sont là depuis le temps du Café Hérode. On a commencé avec du thé et un croissant – maintenant c’est devenu indispensable
Pendant la dernière guerre, ils sont restés chez eux. Ils ne savaient pas ce qu’étaient devenus leurs amis. Ils ont manqué cet endroit où l’on peut relâcher, partager, rire
À la table d’à côté, certains tapotent sur un ordinateur. D’autres observent les passants. Quelques-uns somnolent
La rue Jaffa – ancienne voie ottomane devenue témoin des trains, traités et tensions de Jérusalem – retrouve espoir dans une tasse de café et une parole humaine
Une scène similaire se répète à l’entrée du quartier arménien, dans la Vieille Ville. Autour d’un café noir parfumé à la cardamome, la conversation se tient en arabe – mais le besoin de lien, lui, est universel


