Récemment, l’Autorité israélienne de l’aménagement du territoire a informé les résidents d’un immeuble du quartier A-Tur à Jérusalem-Est qu’il allait être démoli. L’immeuble, construit il y a plusieurs décennies sans permis, abrite aujourd’hui 17 familles, soit environ 140 personnes
Parmi les résidents se trouve une figure bien connue : le cheikh Ikrima Sabri, actuel président du Conseil islamique suprême. Il a été grand mufti de Jérusalem et reste l’un des principaux porte-voix palestiniens contre la « judaïsation » de Jérusalem et de la mosquée Al-Aqsa
(Depuis le mont Herzl, une onde de choc nationale)
Sabri est également opposé à la vente de biens immobiliers aux Juifs, ayant émis une fatwa interdisant d’enterrer quiconque vendrait un bien à un Juif dans un cimetière musulman. Il condamne aussi l’envoi d’élèves palestiniens dans les écoles municipales israéliennes destinées au secteur arabe
L’autorité d’exécution – sous Ben Gvir
L’avis de démolition émane de l’Autorité israélienne d’exécution, rattachée au ministère de la Sécurité nationale dirigé par Itamar Ben Gvir. Cet organisme est chargé de lutter contre les constructions illégales à l’échelle nationale
L’immeuble se situe dans le quartier de Sawwana, à A-Tur, sur les pentes ouest du mont des Oliviers. Le domicile de la famille Sabri est au cœur d’une longue bataille juridique et politique autour de son statut de construction non autorisée
Construit par la famille Sabri sans permis conforme aux lois israéliennes d’urbanisme applicables à Jérusalem-Est, l’immeuble remonterait au début des années 1990
Un premier ordre de démolition a été émis dès 1993, au motif que la construction violait la réglementation
(Jérusalem, rue de la Chaîne : décret ancien, crise nouvelle)
Depuis, la famille a multiplié les recours devant les tribunaux israéliens pour annuler ou retarder l’exécution
Elle affirme que les Palestiniens se heurtent à une politique discriminatoire rendant l’obtention d’un permis quasi impossible, en raison du manque de plans de zonage, de terrains attribués et du coût élevé des autorisations. Pour eux, il s’agit d’une volonté délibérée de freiner la croissance démographique palestinienne
Les autorités israéliennes, elles, insistent sur la nécessité de respecter la loi et de prévenir toute jurisprudence menaçant l’ordre urbanistique. Les règles s’appliquent à tous les habitants de Jérusalem, affirment-elles
Les procédures ont atteint la Cour suprême israélienne. Les jugements ont oscillé entre sursis, rejets et délais accordés à la famille pour tenter de régulariser la situation
Religions, tensions et diplomatie internationale
Mais les obstacles ne sont pas que juridiques. Le cheikh Sabri reste une figure religieuse et politique majeure dans le monde arabe et musulman. La démolition de sa maison pourrait être perçue comme une provocation majeure
Une telle décision risquerait de provoquer des manifestations, voire une flambée de violences. Les gouvernements israéliens ont souvent évité d’intervenir dans les cas sensibles afin d’éviter une escalade
(Un ouvrier palestinien tué près de Jérusalem)
Jérusalem-Est est un foyer de tensions religieuses et politiques. La destruction du domicile d’un dignitaire religieux de premier plan pourrait menacer la stabilité locale
Enfin, les réactions internationales pourraient être vives. Les démolitions à Jérusalem suscitent régulièrement des critiques. Dans le cas du cheikh Sabri, la pression diplomatique pourrait s’intensifier
La démolition aura-t-elle enfin lieu, après des décennies de blocages judiciaires et politiques


