Ces derniers jours, tenter de rejoindre le centre de Jérusalem – autour de la rue Jaffa et de Shlomzion HaMalka – n’a plus rien d’un trajet simple. On ne planifie plus vraiment son heure d’arrivée, on se prépare aux retards.
Un léger ralentissement devient vite un détour, puis parfois une marche à pied entre barrières, poussière et bruit constant. Les travaux du tramway ne font plus que “passer par là” – ils font désormais partie du paysage et redéfinissent le rythme du centre-ville.
Cela se ressent dans les commerces. Pas besoin de statistiques pour le comprendre, il suffit de regarder. Moins de clients entrent, plus de passants filent sans s’arrêter. Certains ont tout simplement cessé de venir. Pour beaucoup de commerçants, ce n’est plus une période difficile, mais une pression quotidienne.
Et puis, presque instinctivement, le regard se lève.
Au-dessus du bruit et du mouvement, un bâtiment de pierre se tient là, stable, presque indifférent à ce qui se passe en bas. Et tout en haut, le lion.
Comment le bâtiment Generali à Jérusalem est-il devenu un symbole du centre-ville ?
À Jérusalem, certains bâtiments sont reconnaissables même sans connaître leur nom. Ils font partie du décor. Le bâtiment Generali en fait partie.
Il se trouve précisément là où tout bouge, et pourtant il reste immobile. Au sommet, le lion ailé, familier pour presque tous ceux qui passent par là, semble observer la ville depuis des décennies.
Mais son histoire commence bien avant la Jérusalem d’aujourd’hui.
Dans les années 1930, la compagnie d’assurance italienne Generali a voulu s’implanter dans une ville alors au croisement du commerce, de la diplomatie et de la religion. L’architecte Marcello Piacentini a été chargé du projet, avec l’idée de concevoir un bâtiment qui ne soit pas seulement fonctionnel, mais qui exprime aussi la puissance et la stabilité.
Cela se ressent encore aujourd’hui. Le bâtiment ne cherche pas à s’intégrer – il s’impose. La pierre, les lignes, la présence générale évoquent quelque chose de durable.
Le lion lui-même est celui de Saint-Marc, symbole de Venise et de la compagnie. Sous sa patte, un livre ouvert avec une inscription en latin. Avec le temps, il n’est plus seulement un symbole étranger, mais une image familière du paysage jerusalémite.
Une petite légende circule aussi : si le lion rugit un jour, c’est qu’une personne vraiment sage est passée sous lui.
Pour l’instant, il reste silencieux.
Comment le bâtiment a-t-il traversé guerres, attentat et changements de pouvoir ?
L’histoire du bâtiment ne s’est pas arrêtée à son architecture.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’Italie est devenue l’ennemie de la Grande-Bretagne, le bâtiment a été saisi et transformé en centre administratif au sein d’un complexe fortifié. Barbelés, gardes, tension – Jérusalem se retrouvait une fois de plus au cœur d’enjeux qui la dépassaient.
En mars 1947, un moment décisif survient. Des membres du Lehi parviennent à introduire un camion piégé dans le complexe. L’explosion provoque d’importants dégâts et montre que même les structures les plus solides ne sont pas invulnérables.
Ce n’était pas seulement une explosion, mais une fissure dans le sentiment de contrôle.
Après la création de l’État d’Israël, le bâtiment passe aux mains israéliennes et devient un ensemble de bureaux gouvernementaux. Moins de drame, plus de quotidien – décisions, administration, gestion.
Le lion, lui, n’a pas bougé.
Dans quelle mesure le centre de Jérusalem fait-il face aux travaux et à la congestion ?
Aujourd’hui, en se tenant au pied du bâtiment, on ressent un décalage entre son calme et le rythme de la rue.
Le tramway passe, les gens se pressent, l’espace est plus dense et plus bruyant qu’autrefois. Le centre-ville évolue, mais cette évolution a un prix.
Certains y voient un progrès, d’autres un étouffement. Pour de nombreux commerces, il ne s’agit plus seulement d’une phase d’adaptation, mais d’une question de survie.
Et au-dessus de tout cela, le lion est toujours là.
Calme, immobile, observateur.
Peut-être est-ce pour cela qu’il correspond si bien à Jérusalem – une ville où tout change sans cesse, mais où quelque chose reste toujours en place.


