L’inaction du ministère de l’Éducation finira-t-elle par briser des familles à Jérusalem ?

La désagrégation des familles a-t-elle déjà commencé à Jérusalem ? Coût de la vie en hausse, classes vides, système éducatif sans solutions et aucune fin en vue
Salle de classe vide dans une école à Jérusalem sans élèves
(Photo: freepik)

Alors que les sirènes continuent de retentir à Jérusalem sur fond de guerre avec l’Iran et de tirs de missiles vers Israël, une crise plus silencieuse mais profondément perturbatrice se développe à l’intérieur des foyers. Les écoles ne fonctionnent pas normalement, les classes restent vides pendant de longues périodes, et les enfants restent à la maison sans cadre clair ni stable. Ce qui semblait au départ être une situation temporaire s’étire bien au-delà des attentes, et alors que les estimations évoquent une guerre qui pourrait durer encore des semaines, voire des mois, de plus en plus de parents comprennent qu’il ne s’agit pas d’un simple épisode passager.

Ce qui renforce encore la frustration, c’est le sentiment que cette situation aurait pu être anticipée. Près de six ans se sont écoulés depuis la pandémie de COVID-19, qui avait forcé les systèmes éducatifs à passer massivement à l’enseignement à distance, et pourtant, en Israël, de nombreuses familles ont le sentiment que peu de choses ont réellement changé. Au lieu de disposer d’un système structuré et fiable d’apprentissage en ligne, capable de fonctionner en situation d’urgence, les familles à Jérusalem se retrouvent une fois de plus à improviser. Pour beaucoup, il ne s’agit plus simplement d’une déception, mais d’un échec répété au moment même où le système devrait être prêt.

Dans une ville comme Jérusalem, où le coût de la vie est déjà particulièrement élevé, l’absence de cadres éducatifs fonctionnels se transforme rapidement en crise économique. Les parents sont contraints de s’absenter du travail, de réduire leurs heures ou de jongler avec des solutions instables, souvent au détriment de leurs revenus. Pour les familles sans filet de sécurité financière, l’impact est immédiat, et même la classe moyenne commence à ressentir la pression à mesure que les jours passent sans solution claire.

Mais les conséquences ne s’arrêtent pas à l’aspect économique.

À l’intérieur des foyers, les tensions montent. Les couples se retrouvent à se disputer sur des questions qui auparavant ne posaient pas de problème majeur – qui reste avec les enfants, qui continue à travailler, qui assume la perte de revenus et comment organiser une journée entière sans cadre pour les enfants, alors que les sirènes interrompent toute tentative de routine. En l’absence de soutien réel du système éducatif – ni enseignement en présentiel ni apprentissage à distance efficace – toute cette pression se répercute directement sur la famille.

Pourquoi l’enseignement à distance en Israël ne fonctionne-t-il toujours pas des années après le COVID ?

L’écart entre les attentes et la réalité est particulièrement visible en ce qui concerne l’enseignement à distance. Après la crise du COVID-19, beaucoup pensaient que les systèmes seraient modernisés et préparés pour de futures situations d’urgence. Pourtant, près de six ans plus tard, de nombreuses familles à Jérusalem constatent que l’infrastructure reste instable, fragmentée et souvent inefficace.

Les cours en ligne, lorsqu’ils existent, ne sont pas toujours réguliers ni adaptés à tous les âges, et les parents sont souvent contraints de jouer le rôle de superviseurs, voire d’enseignants. Pour les parents qui travaillent, cette attente est irréaliste. Au lieu d’alléger la charge, l’enseignement à distance devient une source supplémentaire de stress, révélant le manque de préparation du système face à une crise prolongée.

Que se passe-t-il pour les parents actifs à Jérusalem lorsque les écoles restent fermées pendant la guerre ?

Lorsque les écoles restent fermées sur une longue période, la responsabilité repose presque entièrement sur les parents, alors que le marché du travail n’est pas adapté à cette réalité. Même le télétravail s’avère insuffisant dans de nombreux cas, en particulier avec de jeunes enfants ou dans les familles nombreuses. À Jérusalem, où de nombreuses familles vivent dans des espaces relativement restreints, cette pression est encore plus forte.

L’incertitude quant à la durée de la guerre – qu’elle dure des semaines ou des mois – change complètement la manière de prendre des décisions. Si la situation était de courte durée, elle pourrait être absorbée temporairement, mais en l’absence de perspective claire, chaque décision devient plus lourde et la pression continue de s’accumuler.

Dans quelle mesure la pression économique et une crise prolongée augmentent-elles le risque de divorce ?

Les recherches sociologiques montrent que la pression économique durable, combinée à une incertitude prolongée et à une présence constante à la maison, augmente significativement les tensions au sein des couples. Pendant la pandémie de COVID-19, de nombreux pays ont observé une hausse des conflits familiaux, une augmentation des consultations conjugales et, dans certains cas, une hausse des divorces après les périodes de confinement.

La situation actuelle à Jérusalem combine plusieurs de ces facteurs de pression – difficultés économiques, absence de solutions éducatives, contexte sécuritaire tendu et incertitude quant à l’avenir. Lorsque le système éducatif ne fournit pas de soutien adéquat et que l’enseignement à distance ne comble pas le vide, la famille devient l’espace principal où s’accumule toute cette pression.

Toutes les familles ne se désagrégeront pas sous cette pression, et certaines pourraient même se renforcer. Mais la charge accumulée est difficile à ignorer. Pour de nombreuses familles à Jérusalem, il ne s’agit plus d’un simple désagrément temporaire, mais d’une épreuve prolongée de stabilité et de résilience.