Yoni Netanyahou honoré dans l’aéroport abandonné de Jérusalem : le projet qui provoque une tempête

Un centre du patrimoine comprenant aussi un hommage à Yoni Netanyahou devrait voir le jour dans le nord de Jérusalem, sur le site de l’aéroport historique d’Atarot. Les Palestiniens affirment que le projet efface toute possibilité pratique d’établir leur capitale dans ce secteur
Collage montrant l’aéroport historique d’Atarot dans le nord de Jérusalem et Yoni Netanyahou
L’aéroport historique d’Atarot aux côtés de Yoni Netanyahou, dont la mémoire devrait être honorée dans une aile spéciale du nouveau centre du patrimoine à Jérusalem (Photo: GPO)

Le gouvernement israélien devrait approuver cette semaine une proposition du ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu, visant à créer un centre national du patrimoine sur le site de l’aéroport historique d’Atarot, dans le nord de Jérusalem, près de Qalandiya. Le centre comprendra une aile spéciale consacrée à la mémoire du lieutenant-colonel Yoni Netanyahou, tué alors qu’il commandait l’« opération Jonathan » pour libérer les otages à Entebbe, il y a 50 ans. Dans un premier temps, environ 3 millions de shekels seront alloués par le ministère du Patrimoine à la planification.

Le site est considéré comme un bien patrimonial unique en raison de l’association entre pionnierisme, aviation et héroïsme. Le centre mettra en avant « une continuité de puissance aérienne et de souveraineté israélienne ». Le projet prévoit la restauration des bâtiments abandonnés de l’aéroport, en premier lieu le terminal historique, et leur transformation en centre éducatif et touristique présentant le développement de l’aviation à Jérusalem et en Terre d’Israël, ainsi que l’histoire de l’implantation pionnière juive sur le site.

Comment l’aéroport d’Atarot est-il devenu un symbole historique de Jérusalem ?

Atarot est l’un des premiers exemples d’implantation pionnière dans les monts de Judée, au nord de Jérusalem. Après la Première Guerre mondiale, un groupe de pionniers s’y installa et y fonda une ferme. En 1923, un moshav ouvrier nommé Atarot fut créé et rejoignit le mouvement des moshavim. Il s’agissait du premier moshav des monts de Judée.

Lors des événements de 1929, la localité fut presque entièrement détruite, mais elle repoussa les assaillants. Pendant la Grande révolte arabe de 1936 à 1939, elle subit de nombreuses attaques et cinq de ses membres furent tués. Pendant la guerre d’indépendance, le moshav fut soumis à un siège difficile. En avril 1948, les femmes et les enfants furent évacués. Le 14 mai 1948, jour de la proclamation de l’État d’Israël, les autres membres furent évacués et rejoignirent les défenseurs de Neve Yaakov. Le lendemain, ils virent leurs maisons partir en fumée. La Légion arabe et des villageois détruisirent le site. Les membres d’Atarot s’installèrent plus tard à Wilhelma, aujourd’hui Bnei Atarot.

L’aéroport constitue un élément central de l’histoire de la région et la base physique du futur centre du patrimoine. Le terrain symbolise l’histoire de l’aviation civile à Jérusalem, depuis le mandat britannique, en passant par la domination jordanienne, jusqu’à l’État d’Israël.

Les Britanniques établirent l’aérodrome près de Qalandiya, sur des terres partiellement expropriées au moshav Atarot. Dans ses premières années, entre 1918 et 1924, le site ne comprenait qu’une piste en terre et servait l’administration britannique. Plus tard, une piste en béton fut construite et l’aérodrome fut également utilisé pour des vols civils. Après la guerre d’indépendance, les Jordaniens reconstruisirent et agrandirent l’aérodrome, tout en détruisant les vestiges du moshav Atarot.

La première moitié des années 1960 marqua l’âge d’or de l’aéroport. Il accueillait des milliers de passagers sur des vols internationaux vers les pays arabes et l’Europe, et constituait la porte d’entrée de Jérusalem-Est. Après la guerre des Six Jours, Israël l’exploita comme aéroport civil pour des vols intérieurs. L’aéroport fut définitivement fermé en 2000, pendant la seconde Intifada, en raison de risques sécuritaires, car il est entouré de quartiers palestiniens. Aujourd’hui, il est abandonné.

Pourquoi les Palestiniens s’opposent-ils au nouveau centre du patrimoine à Atarot ?

Le projet de création d’un centre national du patrimoine et d’hommage à Yoni Netanyahou dans l’aéroport historique d’Atarot suscite de vives critiques palestiniennes. Pour eux, l’aéroport symbolise un potentiel de souveraineté et de continuité territoriale. Sa transformation en centre du patrimoine israélien, parallèlement à des constructions résidentielles également prévues dans la zone, coupe la continuité géographique entre Jérusalem-Est et Ramallah et empêche toute possibilité pratique d’établir une capitale palestinienne dans l’est de la ville. Selon la lecture palestinienne, le centre « documente l’histoire de l’implantation coloniale juive » sur les ruines d’un symbole palestinien, et sert à effacer l’histoire palestinienne tout en ancrant le récit israélien.