Mardi cette semaine, une nouvelle audience s’est tenue au tribunal de district de Jérusalem concernant les objections déposées par les habitants du quartier Al-Bustan, à Silwan, à l’est de la ville, contre les ordres de démolition émis par la municipalité de Jérusalem. Parallèlement à l’audience, une veille de protestation a rassemblé plusieurs dizaines de personnes devant le tribunal sous le slogan : « Arrêtez la campagne de nettoyage ethnique à Silwan ».
Le tribunal n’a pas encore rendu de décision, mais selon l’avocat des habitants, Omar Samari, la cour a exprimé son mécontentement face au fait que, il y a environ deux semaines, la municipalité a démoli 13 maisons sans préavis et sans accorder aux résidents le droit à une audition. Mercredi, au lendemain de l’audience, la municipalité est revenue et a démoli une autre maison dans le quartier – celle de Saleh Dweik et de son épouse « Oum Kamal », un couple âgé de plus de 80 ans.
Que se cache-t-il derrière le conflit autour du quartier Al-Bustan à Jérusalem ?
Il s’agit d’un nouvel épisode d’une saga qui dure depuis plus de 15 ans : d’un côté, la municipalité de Jérusalem souhaite mettre en œuvre le projet du « Jardin du Roi » et affirme que les maisons ont été construites sans permis légal. Cette position est soutenue par des acteurs de droite. De l’autre côté, les habitants du quartier, rejoints par des organisations de gauche, considèrent les démolitions comme faisant partie d’une politique plus large de « judaïsation » de Jérusalem et d’éviction des résidents palestiniens.
אזור "גן המלך", סילוואן, ירושלים pic.twitter.com/6fjJBZ2BQb
— jerusalem online (@Jlmonline) April 15, 2026
En quoi consiste le projet du « Jardin du Roi » à Jérusalem ?
Le projet du « Jardin du Roi » est un plan municipal visant à créer un parc public archéologique, historique et touristique à Silwan. Proposé pour la première fois en 2010, il vise à reconstituer les jardins bibliques des rois de Juda dans la zone d’Al-Bustan, sur la base de l’identification traditionnelle du site comme étant le « Jardin du Roi » mentionné dans les livres de Néhémie et des Rois. Cependant, de nombreux archéologues soulignent qu’il n’existe pas de preuves concluantes quant à l’emplacement exact de ce jardin.
Selon les partisans du projet, celui-ci vise à créer une « ceinture touristique » autour de la vieille ville de Jérusalem, reliant la Cité de David (gérée par l’organisation Elad) à d’autres sites à Silwan, dans la vallée de Hinnom, la vallée du Cédron, le mont des Oliviers et la promenade d’Armon Hanatziv. Le plan comprend des espaces ouverts, des vergers, des restaurants, des zones commerciales et des ateliers d’artisanat traditionnel.
Depuis la guerre des Six Jours en 1967, la zone est classée comme espace ouvert (plan directeur n°9), ce qui empêche les Palestiniens d’obtenir des permis de construire. Les habitants et les organisations de gauche qui les soutiennent affirment qu’il s’agit d’une classification politique destinée à justifier le refus de permis et à limiter l’expansion du quartier. Selon eux, les démolitions à Al-Bustan ne relèvent pas de l’urbanisme ou de l’application de la loi – il s’agit, selon eux, d’une politique systématique et continue de déplacement d’une communauté palestinienne de ses maisons, dans le cadre d’une stratégie plus large de transformation démographique à Jérusalem-Est. La municipalité prévoit d’établir un parc national sur les ruines de la communauté palestinienne d’Al-Bustan – une mesure qui créerait une continuité territoriale de la présence israélienne à Silwan, isolerait les quartiers palestiniens et modifierait le caractère de la zone.
Depuis 2010, des efforts sont déployés pour parvenir à des accords entre la municipalité et les habitants, mais les deux parties rejettent mutuellement leurs propositions. Aujourd’hui, des dizaines de structures dans la zone, y compris des habitations, sont menacées de démolition.


