Le bâtiment historique de l’École de police, dans le quartier de Ma’alot Dafna à Jérusalem, devrait désormais bénéficier d’un nouveau statut dans la liste municipale de conservation du patrimoine, près de neuf décennies après sa construction sous le mandat britannique. Derrière cette structure blanche et sobre, qui peut d’abord ressembler à un ancien bâtiment administratif, se cache l’un des sites les plus chargés de l’histoire des combats pour Jérusalem.
Le bâtiment a été construit en 1935 par les autorités du mandat britannique et conçu dans un style industriel et fonctionnel par le Département des travaux publics. Réalisé en béton recouvert d’enduit, avec de longues fenêtres et des lignes horizontales, il était considéré à l’époque comme l’un des bâtiments les plus grands et les plus visibles de Jérusalem. Sa forme rappelait aussi, dans une certaine mesure, les forts Tegart, cette chaîne de forteresses de police construites en Palestine mandataire.
Mais l’importance du lieu n’est pas seulement architecturale. Sa proximité avec Ammunition Hill, la colline des Munitions, en a fait, dans les moments décisifs de l’histoire de Jérusalem, un point militaire stratégique.
Que s’est-il passé à l’École de police de Jérusalem en 1948?
En mai 1948, pendant l’opération Kilshon, le bâtiment a été pris par les forces de l’Irgoun après le départ des Britanniques de la zone. Peu après, un combat difficile s’y est déroulé contre la Légion jordanienne. Six combattants y ont été tués, parmi lesquels le commandant Yehoshua « Gal » Goldschmid.
Par la suite, le bâtiment est devenu une position jordanienne et un poste de tireurs embusqués. Pendant des années, il a fait partie de la zone fortifiée au nord de la Vieille Ville, dans un espace où la frontière, la mémoire et la peur étaient très proches des nouveaux quartiers résidentiels de Jérusalem israélienne.
Pourquoi ce bâtiment est-il lié à Ammunition Hill?
Pendant la guerre des Six Jours, l’École de police faisait partie intégrante du dispositif défensif jordanien relié à Ammunition Hill par la « longue tranchée ». Dans la nuit du 5 au 6 juin 1967, les parachutistes israéliens ont pénétré dans le complexe, et les combats acharnés sur la colline des Munitions et autour d’elle sont devenus l’une des images centrales de la bataille pour Jérusalem.
L’importance du site est réapparue ces dernières années, notamment lorsque des fouilles liées au tramway, à proximité, ont mis au jour le corps d’un soldat jordanien tombé lors des combats, ensuite restitué à la Jordanie.
Alon Wald, représentant de la génération des fils au sein de la direction d’Ammunition Hill et fils du capitaine Rami Wald, tombé au combat sur place, a déclaré après l’évacuation du complexe voisin de l’UNRWA que le retour dans l’École de police, restée inaccessible pendant des décennies, avait de nouveau révélé une partie du patrimoine militaire de Jérusalem.
Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a déclaré: « L’inscription de l’École de police sur la liste municipale de conservation constitue une nouvelle étape dans la protection de l’identité et du riche patrimoine de la capitale d’Israël, et s’inscrit dans la vision urbaine qui relie le développement futur au respect du passé. Ce bâtiment unique n’est pas seulement de la pierre et du béton, mais un témoignage vivant de courage, reflétant une période fascinante de l’histoire de la ville et le vaste héritage des combats pour sa renaissance. »
Désormais, avec l’avancement du processus de conservation, l’un des sites fermés et les moins connus de Jérusalem pourrait devenir à l’avenir un lieu de mémoire plus accessible, dans un endroit où l’histoire de la ville ne s’est pas écrite seulement dans les livres, mais aussi dans le béton, les tranchées et les murs qui tiennent encore debout.


