Comment l’épidémie de vols de voitures à Jérusalem devient un danger mortel sur les routes

Les vols de voitures à Jérusalem ne sont plus seulement un préjudice économique : la conduite dangereuse lors des tentatives de fuite en fait également une menace réelle pour la vie sur les routes
Véhicule volé à Jérusalem après un accident au carrefour d’A-Tur lors d’une tentative de fuite devant la police
Le véhicule volé à Jérusalem après l’accident survenu lors de la tentative de fuite au carrefour d’A-Tur. Photo: Israel Police Spokesperson

Le vol d’une voiture à Jérusalem ne se résume plus depuis longtemps au mauvais matin où un propriétaire descend jusqu’à son véhicule et découvre qu’il a disparu. Dans des affaires qui se répètent dans la ville, le moment où le voleur démarre le moteur n’est parfois que le début d’un événement bien plus dangereux : conduite effrénée, tentative de quitter rapidement la ville, fuite devant la police, franchissement de carrefours à grande vitesse et, parfois, circulation à contresens.

Un incident survenu ces derniers jours a montré à quelle vitesse un vol de voiture peut passer d’une atteinte aux biens à un événement mettant directement des vies en danger. Un véhicule volé dans le quartier de Katamon a été repéré durant la nuit par des patrouilles du district de Jérusalem. Selon la police, le conducteur a refusé de s’arrêter, a pris la fuite de manière dangereuse, a circulé à contresens et a poursuivi sa fuite même après que les policiers ont effectué des tirs ciblés en direction des pneus du véhicule.

La fuite s’est terminée au carrefour d’A-Tur, où le véhicule a percuté un poteau ainsi qu’une voiture particulière. Un policier et un civil ont été légèrement blessés. Le suspect, dont l’identité n’avait pas encore été établie, a été évacué dans un état critique, avant que son décès ne soit constaté à l’hôpital.

Cet événement constitue une expression extrême d’un phénomène plus large qui inquiète depuis longtemps les propriétaires de véhicules à Jérusalem. La crainte est particulièrement forte dans les quartiers périphériques et dans les zones proches des axes permettant de quitter rapidement la ville, mais elle ne s’y limite pas. Même des quartiers situés au cœur du tissu urbain, comme le montre l’incident de Katamon, ne sont pas épargnés.

Pourquoi les vols de voitures à Jérusalem se transforment-ils parfois en poursuites policières dangereuses ?

La géographie de Jérusalem accentue le risque. Depuis différentes parties de la ville, il est possible de rejoindre relativement rapidement des axes menant vers la Judée-Samarie. Pour un voleur qui cherche à sortir le véhicule de la ville, chaque minute peut compter.

Dès que le véhicule volé est repéré par la police, la pression augmente. Le conducteur ne se comporte plus comme quelqu’un qui cherche simplement à atteindre sa destination en sécurité. Dans certains cas, son objectif principal est d’éviter son arrestation et de s’éloigner de la ville aussi vite que possible. Dans une telle situation, un feu rouge, une voie en sens inverse, un barrage policier, une autre voiture ou un piéton peuvent devenir pour lui de simples obstacles à franchir.

C’est à ce moment-là que le danger pour le public devient particulièrement concret. Un automobiliste qui s’engage dans un carrefour, un motard ou une famille circulant sur la route ne peuvent pas savoir qu’un véhicule volé, dont le conducteur tente de fuir, peut arriver vers eux à cet instant précis.

Comment les voleurs de voitures tentent-ils de fuir Jérusalem vers la Judée-Samarie ?

L’un des éléments récurrents dans les vols de voitures dans la région de Jérusalem est la volonté de sortir le véhicule au plus vite de l’espace urbain pour atteindre les routes menant vers la Judée-Samarie. Plus la voiture reste longtemps à Jérusalem, plus le risque augmente qu’une patrouille l’identifie, qu’un axe soit bloqué ou que le conducteur soit arrêté.

C’est à ce stade que l’infraction contre les biens change de nature. Au lieu d’une voiture disparue d’un parking, on se retrouve soudain avec un véhicule lancé à grande vitesse, changeant de voie dangereusement, effectuant des dépassements risqués et tentant parfois de poursuivre sa fuite alors même que la police est déjà à ses trousses.

La police du district de Jérusalem a décrit ainsi la fuite lors de l’incident de ces derniers jours : « Le suspect, qui a refusé d’obéir aux instructions des policiers, a pris la fuite de manière dangereuse, mettant réellement en danger les policiers et les usagers de la route, notamment en circulant à contresens. »

Cette formulation résume clairement le problème. À partir du moment où le voleur comprend qu’il a été repéré par la police, la tentative de fuite elle-même peut devenir une menace bien plus grave pour tous ceux qui se trouvent autour de lui.

Pourquoi les poursuites de véhicules volés peuvent-elles mettre en danger les conducteurs et les piétons ?

La poursuite d’un véhicule en fuite dans un environnement urbain crée un dilemme difficile. D’un côté, la police doit arrêter un suspect qui refuse d’obéir à ses instructions. De l’autre, plus la vitesse augmente et plus la conduite devient dangereuse, plus le risque de blesser des personnes totalement étrangères à l’infraction initiale augmente.

À Jérusalem, où de nombreux axes sont encombrés pendant une grande partie de la journée par des bus, des voitures, des motos et des piétons, ce risque est particulièrement aigu. Une fuite commencée dans une rue de quartier peut atteindre en quelques minutes un grand carrefour ou une artère très fréquentée.

Lors de l’incident d’A-Tur, les policiers ont tenté d’arrêter le véhicule et ont même effectué des tirs ciblés vers ses pneus, mais le conducteur a poursuivi sa fuite jusqu’à percuter un poteau et une autre voiture. Cette fois, le policier et le civil blessés l’ont été légèrement. Lors d’un incident similaire, les conséquences pourraient être bien plus graves.

Comment les grandes villes du monde font-elles face au danger des poursuites après des voitures volées ?

Le problème n’est pas propre à Jérusalem. Dans de grandes villes du monde, le débat existe depuis des années autour d’une question centrale : à quel moment la police doit-elle poursuivre un véhicule volé, et à partir de quand le danger créé pour le public devient-il trop important ?

Dans plusieurs villes américaines, les règles encadrant les poursuites policières ont été renforcées au fil des années, notamment après des accidents dans lesquels des automobilistes ou des passants sans aucun lien avec l’infraction initiale ont été blessés. Au Royaume-Uni également, les policiers engagés dans une poursuite doivent réévaluer en permanence la nécessité d’interpeller le conducteur face au risque créé pour le public.

Il ne s’agit pas de dire que Jérusalem est comparable à Chicago ou à Londres par l’ampleur de la criminalité. Ce n’est pas le cas. Mais le mécanisme du danger est similaire : un véhicule volé, un conducteur qui refuse de s’arrêter, la pression de fuir le plus vite possible et un environnement urbain dans lequel une seule erreur peut suffire à blesser une personne innocente.

C’est précisément ce qui fait sortir la question des vols de voitures à Jérusalem du simple cadre de la valeur du véhicule, de l’assurance ou du sentiment d’insécurité du propriétaire. Dès qu’une voiture volée prend la route et que son conducteur cherche à s’échapper à grande vitesse, n’importe quelle personne se trouvant à proximité peut devenir en quelques secondes partie prenante de l’événement.

L’incident de ces derniers jours s’est terminé par la mort du suspect et les blessures légères d’un policier et d’un civil. La prochaine fois, une personne qui se trouvera simplement au mauvais carrefour au mauvais moment pourrait payer un prix bien plus lourd.