Quatre heures du matin. Le quartier de Mazkeret Moshe est encore plongé dans l’obscurité, les volets des maisons sont fermés et les rues de Nahlaot ne se sont pas encore réveillées. Le marché Mahane Yehuda à Jérusalem, qui semble être pendant la journée le cœur battant de la ville, est encore silencieux et endormi. Mais au 18, rue HaCarmel, la lumière est déjà allumée dans la synagogue « Hesed VeRahamim ». La porte ouverte accueille ceux qui viennent compléter le minyan, et les premiers murmures laissent peu à peu place à la voix de Muni Armoza, l’arrière-petit-fils du fondateur de la synagogue. Un nouveau matin du mois d’Eloul commence ici, comme il commençait il y a plusieurs générations, en se levant avant l’aube et en récitant la prière : « Nous avons péché devant Toi, prends pitié de nous ».
Cette année, la synagogue « Hesed VeRahamim » de Jérusalem célèbre ses 101 ans. Elle a été fondée en 1925 par les membres d’une famille séfarade originaire de la Vieille Ville. À ses débuts, le bâtiment servait d’habitation, avant de devenir une taverne en violation du règlement du quartier. Puis Isaac Armoza, surnommé le moukhtar du quartier, œuvra pour y établir une synagogue destinée à la communauté séfarade. Aujourd’hui, la famille Armoza continue de préserver avec détermination le lien familial et communautaire avec ce lieu.
À quoi ressemblent les Seli’hot dans la synagogue Hesed VeRahamim à Jérusalem avant l’aube ?
La prière des Seli’hot est sans doute l’une des traditions les plus étroitement associées aux jours redoutables. La coutume de les réciter avant l’aube vise à placer l’homme dans ces heures où le monde est silencieux, avant le début d’une nouvelle journée. Dans la tradition séfarade, les Seli’hot sont récitées du début du mois d’Eloul jusqu’à Yom Kippour, tandis que dans les communautés ashkénazes, cette coutume commence le samedi soir précédant Roch Hachana.
Dans la Jérusalem de 2026, où les Seli’hot sont également devenues un événement culturel et touristique, « Hesed VeRahamim » propose autre chose : ni spectacle ni reconstitution du passé, mais une tradition vivante.
De nombreuses synagogues sont dispersées dans le quartier de Nahlaot et autour du marché Mahane Yehuda, et chacune a trouvé sa manière de s’adapter à cette heure matinale. Certains minyanim ont repoussé la prière afin de l’adapter à la vie moderne. Des personnes qui se sont couchées tard parce qu’elles regardaient des séries sur Netflix réciteront les Seli’hot à sept heures du matin, mais à « Hesed VeRahamim », on continue de se lever alors que la nuit est encore présente.
Et c’est peut-être là toute l’histoire de ce lieu. Dans un quartier qui a changé, à côté d’un marché devenu un haut lieu de loisirs pour les jeunes, les familles et les touristes, la synagogue continue d’ouvrir ses portes à tous ceux qui souhaitent entrer. Chaque matin, les prières de Chaharit y sont récitées, des offices festifs y sont organisés le Chabbat, et la synagogue accompagne les membres de la communauté lors de moments familiaux, de la montée à la Torah aux bénédictions pour un nouveau-né et aux Chabbat du marié.
C’est une synagogue qui offre une expérience de foi aux côtés d’une beauté artistique, au son de la tradition séfarade-jérusalémite et dans une atmosphère difficile à reproduire ailleurs. Une synagogue dont l’atmosphère est envoûtante dans toute son essence. Cent un ans se sont écoulés depuis que sa porte s’est ouverte pour la première fois : Jérusalem a changé au-delà de toute reconnaissance, mais durant le mois d’Eloul, à quatre heures du matin, le temps s’arrête à « Hesed VeRahamim ». Et celui qui arrive à cette heure-là découvre la Jérusalem d’en haut, ancienne et sainte.


