Au cœur de la lutte autour de la souveraineté et de l’identité de Jérusalem vient désormais s’ajouter, au centre de la Vieille Ville, un petit panneau dont la portée est pourtant considérable : les visiteurs du secteur de la porte de Damas découvrent que le complexe touristique souterrain situé directement sous la porte a fait l’objet d’un nouveau positionnement. Le panneau oriente désormais les passants vers la « Porte antique », une démarche qui ravive le vif débat autour du contrôle de l’espace public et du récit historique de Jérusalem.
Du point de vue officiel israélien, représenté par la municipalité de Jérusalem, le ministère de Jérusalem et de la Tradition juive et la Société de développement de Jérusalem-Est, le remplacement de la signalétique constitue une démarche professionnelle et touristique nécessaire. Le site, rouvert après d’importants travaux de conservation, présente les vestiges mis au jour lors de vastes fouilles archéologiques au niveau souterrain. Ces fouilles ont révélé une porte triomphale romaine monumentale à trois ouvertures, construite au IIe siècle de notre ère sur ordre de l’empereur Hadrien dans le cadre de la ville romaine d’Aelia Capitolina. Les visiteurs marchent sur les pierres de pavement originales de la place romaine, découvrent une ancienne tour de garde s’élevant à environ 12 mètres et peuvent également voir des vestiges datant de l’époque du Second Temple.
Les autorités soulignent que le nom « Porte antique » vise à illustrer la profondeur historique de ces découvertes. Le complexe comprend également une présentation audiovisuelle retraçant l’histoire des portes de Jérusalem et leur importance dans la tradition juive depuis les temps bibliques. L’objectif déclaré est de relier le public au récit de la renaissance de Jérusalem en tant que capitale du peuple juif, précisément à l’endroit où l’Empire romain avait autrefois tenté d’effacer totalement cette identité.
Pourquoi le nouveau positionnement dans le secteur de la porte de Damas à Jérusalem suscite-t-il une opposition palestinienne ?
À quelques pas de là, cependant, le public arabe et les dirigeants palestiniens considèrent le changement de nom comme une démarche politique unilatérale destinée à renforcer le récit israélien. Pour les habitants palestiniens de Jérusalem-Est, l’esplanade de la « porte de Damas », ou « Bab al-Amud » en arabe, est le cœur battant de la communauté et un centre majeur d’activité sociale, nationale et culturelle.
Selon eux, la suppression des noms traditionnels des panneaux et leur remplacement par des termes servant le récit israélo-juif font partie d’un programme systématique visant à « judaïser » l’espace public de la Vieille Ville de Jérusalem. Des acteurs culturels palestiniens avertissent que l’accent mis par les autorités sur les couches archéologiques anciennes vise à minimiser et à effacer l’importance de la porte ottomane existante au-dessus, clairement associée à l’histoire arabe et musulmane.
En définitive, le cas de la « Porte antique » démontre une nouvelle fois qu’à Jérusalem, un panneau en apparence anodin n’est jamais un simple outil d’orientation. Il s’agit d’un front supplémentaire dans une guerre durable des cultures et des récits, où chaque mot gravé dans la pierre reflète une vision politique entière et cherche activement à façonner le visage de l’une des villes les plus complexes au monde.


