Un pays qui prive son système éducatif de valeurs, de culture générale et de pensée critique ne peut pas feindre la surprise lorsque ses rues se remplissent de personnes incapables de gérer la colère, le rejet ou le conflit. Un gouvernement dont de nombreux membres semblent considérer leur fonction publique comme un emploi, une tribune ou un butin politique, plutôt que comme une mission et une responsabilité, transmet un message clair depuis le sommet: le pouvoir compte davantage que la responsabilité. Quant au public qui continue d’élire les mêmes dirigeants et les mêmes comportements, il leur accorde une légitimité renouvelée.
Au bas de cette chaîne grandit une génération qui maîtrise les vidéos courtes, les humiliations publiques et les insultes, mais qui est à peine exposée à la philosophie, à la littérature, à l’histoire ou à une réflexion sérieuse sur le sens de la vie. Lorsque le vocabulaire se réduit aux injures et au langage ordurier, la capacité à résoudre les conflits par les mots disparaît elle aussi. La violence ne surgit pas soudainement de nulle part. Elle se développe dans une culture qui perd progressivement ses freins, son sens de la honte et sa capacité à reconnaître l’humanité de l’autre.
Que s’est-il passé dans l’appartement du quartier de Nahlaot à Jérusalem?
Benayahu Razi, âgé de 19 ans et originaire de Givat Zeev, a été tué à coups de couteau dans un appartement loué du quartier de Nahlaot. La police a arrêté six suspects, parmi lesquels des mineurs et de jeunes femmes. À ce stade, le tribunal a estimé qu’il existait un soupçon raisonnable concernant l’implication présumée de l’ancienne petite amie de Razi dans les événements ayant précédé le meurtre.
Selon l’hypothèse examinée par la police, l’ancienne petite amie et l’une de ses amies auraient attendu à l’extérieur de l’appartement et suivi ce qui se déroulait à l’intérieur grâce à une retransmission en direct. Toutes deux contestent les soupçons portés contre elles, et aucune de ces affirmations n’a encore été établie devant un tribunal.
Ces éléments transforment l’affaire en quelque chose de plus vaste qu’une simple confrontation ayant dégénéré. Si les soupçons sont confirmés, la violence serait également devenue un spectacle. Une personne n’aurait pas seulement été agressée: les faits auraient été filmés, retransmis et regardés. L’écran n’aurait pas interrompu la cruauté. Il lui aurait peut-être offert un public.
Comment l’affaiblissement de l’éducation laisse-t-il la rue sans garde-fous?
Aucune étude ne peut établir qu’un échec éducatif précis a provoqué ce meurtre en particulier. Les recherches montrent cependant que le lien avec l’école, la présence d’adultes responsables et l’existence de relations communautaires stables peuvent protéger les jeunes contre l’engrenage de la violence.
Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques consacré aux enfants en Israël a souligné de profondes inégalités en matière d’éducation, de bien-être et de possibilités. Des recherches internationales dans le domaine de la santé publique ont également associé à plusieurs reprises le sentiment d’appartenance à l’école à une diminution des comportements violents et d’autres facteurs de risque.
L’éducation ne se mesure pas uniquement par les résultats en mathématiques ou les diplômes. Elle repose aussi sur la capacité à comprendre les conséquences de ses actes, à maîtriser ses émotions, à reconnaître la souffrance d’autrui et à accepter qu’un rejet ne constitue pas une humiliation exigeant une vengeance. Lorsque ces aptitudes ne sont enseignées ni à la maison, ni à l’école, ni dans l’espace public, le vide est souvent rempli par les mises en scène sur les réseaux sociaux, les menaces et la force.
Que peut apprendre Jérusalem de Baltimore?
La comparaison avec Baltimore ne signifie pas que les deux villes sont identiques. Baltimore a été confrontée pendant des décennies à une pauvreté concentrée, à la ségrégation sociale, à l’affaiblissement des institutions communautaires et à des niveaux élevés de criminalité violente. Les chercheurs y ont étudié le lien entre la cohésion des quartiers, la confiance entre les habitants, l’accès à l’éducation et la capacité des communautés à prévenir la violence avant que l’intervention de la police ne devienne nécessaire.
La ville a également enregistré une baisse du nombre d’homicides grâce à des politiques combinant l’application de la loi, l’accompagnement personnel, les programmes d’emploi, les services sociaux et le soutien ciblé aux jeunes à risque. La leçon n’est pas que Jérusalem est en train de devenir Baltimore, mais que la violence prospère lorsque les institutions publiques se retirent et que l’humiliation, l’aliénation et le désespoir deviennent ordinaires.
Tel est l’avertissement adressé à Jérusalem et à Israël. La police peut arrêter des suspects et le parquet peut déposer des actes d’accusation, mais ils ne peuvent pas réparer seuls une société qui se brutalise. Sans une éducation sérieuse, des adultes responsables, des dirigeants donnant l’exemple de la retenue et une communauté prête à fixer des limites, le prochain meurtre commence bien avant le premier appel aux services d’urgence.


