Beaucoup d’habitants de Jérusalem n’ont pas de smartphone. Comment la révolution Bit peut-elle avancer?

La municipalité de Jérusalem veut permettre le paiement de services municipaux via l’application Bit, mais dans une ville où une large population ultraorthodoxe n’utilise pas de smartphone, cette transition numérique se heurte à une limite sociale et politique
Des habitants au centre de Jérusalem près du logo Bit, sur fond de projet municipal d’élargissement des moyens de paiement numériques
Des habitants au centre de Jérusalem près du logo Bit, sur fond d’appel d’offres municipal pour le paiement des services de la ville via l’application (les personnes photographiées n’ont aucun lien avec le contenu de l’article). (Photo: Jerusalem Online News)

À Jérusalem en 2026, presque chaque nouveau service public se mesure à travers l’écran du téléphone. Mais dans cette ville, peut-être plus que dans toute autre grande ville d’Israël, vit aussi une population très importante qui reste volontairement en dehors du monde des smartphones. De nombreux habitants ultraorthodoxes de Jérusalem ne possèdent pas de téléphone intelligent, et une large partie de ce public s’oppose aussi à l’usage régulier d’Internet. Il ne s’agit pas d’un groupe marginal, mais d’une force urbaine, sociale et politique majeure, dont le bloc électoral a déjà contribué à deux reprises à la victoire du maire actuel, Moshe Lion.

C’est dans ce contexte que la municipalité de Jérusalem a publié un nouvel appel d’offres pour des services de compensation et de paiement des taxes municipales, redevances et différents services de la ville via l’application de paiement rapide Bit. L’objectif est d’élargir les options de paiement numériques et de proposer une méthode plus rapide et plus accessible aux habitants qui utilisent déjà ce type d’application au quotidien.

Le paiement par Bit convient-il à tous les habitants de Jérusalem?

Cette initiative ne sort pas de nulle part. En décembre, la municipalité de Jérusalem a lancé la possibilité de payer l’arnona, la taxe municipale, par prélèvement automatique sur carte de crédit. Selon les données de la municipalité, environ 8,500 habitants ont déjà rejoint ce service. La ville souhaite désormais ajouter Bit comme canal de paiement supplémentaire, surtout pour ceux qui préfèrent régler leurs paiements municipaux rapidement par téléphone plutôt que par des centres d’appel, des sites ou des formulaires.

Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a déclaré dans le communiqué municipal: « Le service municipal optimal doit être simple, disponible, pratique et adapté aux nouvelles habitudes et technologies. L’élargissement des options de paiement, du prélèvement automatique par carte de crédit jusqu’à la promotion du paiement via Bit, fait partie d’une conception du service qui place l’habitant au centre et adapte la municipalité à l’ère numérique. Nous continuerons à agir pour rendre le service municipal plus accessible, efficace et avancé ».

Comment concilier numérique et Jérusalem ultraorthodoxe?

La grande question n’est pas de savoir si Bit est pratique pour ceux qui l’utilisent, mais comment une municipalité à Jérusalem peut construire un service numérique sans en faire le seul parcours possible. Dans de nombreux quartiers ultraorthodoxes de la ville, le téléphone casher reste la norme, et le paiement via une application n’est ni une option pratique ni une option souhaitée. C’est pourquoi, parallèlement à l’élargissement des options numériques, il faudra aussi préserver des canaux de service et de paiement qui n’exigent pas de smartphone.

S’agit-il vraiment d’une révolution des paiements municipaux à Jérusalem?

Si l’appel d’offres se transforme en service actif, de nombreux habitants de Jérusalem pourront payer la municipalité plus rapidement et plus simplement. Mais dans une ville aussi divisée par les modes de vie et le rapport à la technologie, une révolution numérique ne se mesurera pas seulement à la technologie elle-même, mais aussi à sa capacité à ne pas laisser de côté ceux qui choisissent, pour des raisons religieuses, culturelles ou personnelles, de rester en dehors de l’application.