Les affrontements autour des travaux du tramway dans le secteur de Bar-Ilan, à Jérusalem, ne relèvent plus d’un incident isolé. Ils sont devenus un phénomène récurrent, qui se répète parfois deux ou trois fois par semaine. Derrière l’opposition de certains groupes ultraorthodoxes au projet se trouvent plusieurs enjeux: la préservation du caractère des quartiers, la crainte de voir entrer des populations extérieures dans des espaces communautaires fermés, le refus d’une modernisation imposée et la volonté de maintenir un mode de vie collectif fondé sur des habitudes anciennes et familières.
Pour de nombreux opposants, les rails du tramway ne sont pas seulement une infrastructure de transport. Ils symbolisent une transformation profonde de l’espace public: davantage de circulation, davantage d’exposition, des liens plus forts avec d’autres quartiers de la ville et moins de contrôle communautaire sur la rue ultraorthodoxe. Pour l’Etat, la municipalité et le système de transport, en revanche, il s’agit d’un grand projet d’infrastructure destiné à servir des centaines de milliers de passagers à Jérusalem.
Pourquoi Bar-Ilan est-il devenu un foyer de tension à Jérusalem?
Le secteur de Bar-Ilan est l’un des axes les plus sensibles de Jérusalem ultraorthodoxe. Dans cet espace, chaque modification physique de la rue se transforme rapidement en débat culturel, religieux et politique. Les travaux du tramway, qui perturbent déjà la vie quotidienne dans la ville, sont devenus le symbole d’une lutte plus large autour de l’avenir de Jérusalem.
Selon la police du district de Jérusalem, lors des derniers troubles sur le chantier, des policiers et des gardes-frontières sont intervenus pour rétablir l’ordre public après que des fauteurs de troubles ont allumé des feux sur les voies de circulation et causé d’importants dégâts aux infrastructures sur place. Les forces ont utilisé un canon à eau pour éloigner les émeutiers, qui, selon la police, n’ont pas répondu aux appels des agents.
Que s’est-il passé sur le chantier du tramway?
Au cours des troubles, des pierres ont été lancées en direction des forces, et deux agents de sécurité ont été blessés. La police a arrêté un suspect soupçonné d’avoir jeté des pierres; il a été conduit au poste de Lev HaBira pour interrogatoire. Par la suite, la police a indiqué que toutes les routes du secteur avaient été rouvertes à la circulation.
La police du district de Jérusalem a déclaré: « La police continuera d’agir avec détermination contre toute tentative de troubler l’ordre public et de porter atteinte aux agents de sécurité ainsi qu’aux travaux du tramway, destinés à servir l’ensemble du public ».
Le tramway transforme-t-il les quartiers ultraorthodoxes?
C’est précisément le point de friction. Le tramway de Jérusalem est présenté par ses planificateurs comme un système de transport moderne, destiné à relier les quartiers, réduire les embouteillages et faciliter les déplacements dans une ville saturée. Mais pour une partie des opposants ultraorthodoxes, cette connexion fait partie du problème: elle brouille les frontières, modifie les habitudes et introduit dans les quartiers une réalité urbaine plus large.
C’est pourquoi chaque barrière arrachée, chaque infrastructure endommagée et chaque nuit d’affrontements à Bar-Ilan ne racontent pas seulement une histoire de troubles à l’ordre public. Il s’agit d’une nouvelle expression d’un conflit persistant entre une Jérusalem des infrastructures, du développement et du tramway, et une Jérusalem ultraorthodoxe qui cherche à ralentir le rythme, préserver ses limites et empêcher le changement d’entrer par les rails.


