La file qui s’étirait samedi 11 juillet devant l’entrée du Café Basimta, dans la rue Agrippas à Jérusalem, ressemblait à bien plus qu’une simple attente pour boire un café. Après plusieurs semaines durant lesquelles ce nouvel établissement est devenu le théâtre de manifestations ultra-orthodoxes, des clients et des habitants venus de différents quartiers de la ville se sont déplacés pour soutenir ses propriétaires et son ouverture pendant le Chabbat.
Les images tournées sur place montrent des clients remplissant la cour intérieure et attendant à l’entrée. Certains sont venus après la diffusion d’appels au soutien sur les réseaux sociaux. D’autres ont expliqué vouloir transmettre un message clair : une manifestation ne doit pas se transformer en harcèlement des clients ni en tentative de contraindre un commerce du centre de Jérusalem à fermer ses portes.
Pourquoi le Café Basimta est-il devenu un symbole du conflit autour du Chabbat à Jérusalem ?
Le Café Basimta a ouvert il y a quelques semaines au 8, rue Agrippas, près de la rue King George, dans un secteur où d’autres commerces fonctionnent également le samedi. Ces dernières semaines, des groupes de manifestants ultra-orthodoxes se sont rendus à plusieurs reprises devant le café, ont crié « Chabbat », frappé sur les vitres et tenté de dissuader les clients d’entrer. Lors de l’un des incidents, une table aurait également été renversée et des pierres lancées.
Des policiers des gardes-frontières sont de nouveau arrivés dans le secteur ce samedi afin d’éviter les affrontements et de maintenir l’ordre public. Cette fois, cependant, les manifestants ont découvert une scène différente : le café était bondé et plusieurs clients se tenaient près de l’entrée pour souligner qu’ils continueraient à venir.
Que disent les clients venus soutenir le café de Jérusalem ?
Un client présent sur place a expliqué : « Nous avons vu ce qui se passait ici depuis plusieurs semaines et nous avons décidé de ne pas laisser les propriétaires seuls. Chacun a le droit de respecter le Chabbat, mais personne n’a le droit de décider à la place de tous les habitants de Jérusalem. Que les ultra-orthodoxes protestent – nous continuerons à venir ici, à boire du café et à voter avec nos pieds. »
Nofar, une habitante d’Ein Kerem, a raconté qu’elle était venue spécialement après avoir vu un appel sur les réseaux sociaux : « J’ai vu la publication et, bien sûr, nous sommes venus les soutenir. On nous a crié dessus, mais cela ne nous découragera pas. Il faut préserver un endroit comme celui-ci, car les possibilités de ce genre sont très rares à Jérusalem le samedi. »
Michael, un habitant de Beit Hakerem, a ajouté : « Nous soutenons ce café, et chaque établissement qui ouvre pendant le Chabbat nous réjouit. Les vidéos ont circulé dans les groupes du quartier et de nombreuses familles ont décidé de venir. Notre soutien compte, surtout lorsque certains essaient d’intimider les propriétaires de commerces. »
Le conflit autour du Chabbat à Jérusalem risque-t-il de s’aggraver ?
L’affrontement autour du café n’est plus perçu comme un simple différend local. Il s’inscrit dans les tensions plus larges entre les communautés ultra-orthodoxe et laïque de Jérusalem, à une période où les manifestations contre l’enrôlement des hommes ultra-orthodoxes dans l’armée accentuent déjà les divisions.
Certains habitants craignent que la répétition des confrontations autour du Chabbat, du service militaire et de la nature de l’espace public ne creuse davantage le fossé interne en Israël. Les soutiens du café estiment au contraire qu’une forte présence du public, accompagnée d’une intervention ferme de la police, peut contribuer à empêcher une escalade.
Pour eux, la longue file observée samedi devant l’établissement ne constitue pas seulement un succès commercial. Elle représente aussi une déclaration sur le caractère de Jérusalem et sur le droit de ses habitants à choisir librement la manière dont ils passent leur jour de repos.


