Sans décision du gouvernement, mais sous protection : les avant-postes qui redessinent la périphérie de Jérusalem

Un deuxième avant-poste juif a été établi près de Beit Iksa, aux abords de Jérusalem, en seulement quatre mois, accentuant la lutte autour des zones C qui entourent la ville
Avant-postes de bergers et structures dans la région de Beit Iksa, au nord-ouest de Jérusalem
Structures d’implantation juive dans la région de Beit Iksa, à la périphérie de Jérusalem, sur fond de controverse autour du contrôle des zones C

Un nouveau point d’implantation juive a été établi mardi dans la zone de Khirbet al-Alawna, sur des terres domaniales situées dans le secteur du village palestinien de Beit Iksa, au nord-ouest de Jérusalem. Il s’agit du deuxième avant-poste créé dans ce secteur en seulement quatre mois, dans le cadre d’une accélération de la politique visant à établir des faits sur le terrain dans les zones C autour de Jérusalem.

La séquence actuelle a commencé en mars 2026, lorsque des colons accompagnés de bulldozers et de camions sont arrivés dans les secteurs de Ras Farij et Karm al-Gharaba du village, où ils ont installé de premières structures mobiles et permanentes ainsi que des tentes. En août dernier, les travaux d’infrastructure et de décapage du terrain ont été étendus, et mardi une nouvelle étape a été franchie avec l’installation d’un nouveau campement de « bergers » sur place.

Les avant-postes près de Beit Iksa ont-ils été établis légalement ?

D’un point de vue réglementaire, ces avant-postes ont été établis sans plans d’aménagement approuvés ni décision officielle du gouvernement. Dans les faits, ils bénéficient toutefois d’une protection rapprochée des forces de sécurité. Le statut formel du terrain a été fixé en septembre 2025, lorsque le commandant du Commandement central a déclaré environ 20 000 dunams dans la zone comme « zone de couture ». Cette déclaration militaire a limité les déplacements des Palestiniens qui ne sont pas enregistrés comme résidents permanents et a créé une zone tampon empêchant les agriculteurs du village d’accéder à leurs terres historiques.

Cette réalité a entraîné sur le terrain une série de confrontations et de frictions. À la mi-mai de cette année, des affrontements physiques ont été signalés à la périphérie du village, avec notamment l’utilisation de gaz poivré. En août, les colons ont bloqué l’unique route agricole utilisée par les habitants de Beit Iksa, qui font également état de dégradations de biens, de vols de bétail et de dommages causés à des oliviers.

Pour l’heure, la situation sur le terrain montre qu’il s’agit de « postes de bergers » occupés par un noyau extrêmement réduit de quelques colons seulement, qui parviennent néanmoins à contrôler l’espace grâce au soutien militaire empêchant les habitants de s’approcher.

Pourquoi les avant-postes près de Jérusalem provoquent-ils une controverse politique aussi vive ?

Les réactions à cette initiative sont virulentes et reflètent des positions diamétralement opposées. Dans les organisations de droite et les mouvements de colonisation, cette évolution est présentée comme un succès sioniste et stratégique. Selon eux, l’activité dans la région de Beit Iksa est essentielle pour « stopper la prise de contrôle palestinienne illégale de terres domaniales dans les zones C » et pour créer une continuité territoriale israélienne protégeant la périphérie de Jérusalem. À leurs yeux, la présence juive sur le terrain, même si elle n’est pas officiellement régularisée, constitue la réponse sioniste appropriée aux tentatives de l’Autorité palestinienne d’imposer des faits sur le terrain.

À l’inverse, l’Autorité palestinienne a condamné cette initiative et l’a qualifiée de « terrorisme des colons », destiné à isoler Jérusalem « palestinienne » et à mener un nettoyage ethnique silencieux. Le ministère palestinien des Affaires étrangères a publié un communiqué officiel de condamnation dans lequel il a vivement attaqué les démarches de prise de contrôle dans la région, les qualifiant de « poursuite d’une guerre coloniale contre la terre, les habitants et le récit palestinien ». Il a ajouté qu’il s’agissait d’« une politique systématique visant à isoler Jérusalem occupée de son environnement naturel et à modifier son identité démographique ».

Dans le même temps, des organisations israéliennes de gauche soulignent que la déclaration de la « zone de couture » était dès le départ politique et non sécuritaire, et qu’elle avait pour objectif de libérer de facto le terrain au profit des colons. Selon elles, la non-application des ordres de démolition par l’Administration civile reflète une politique gouvernementale délibérée d’annexion silencieuse et de mépris de l’État de droit.