La nuit du 7 au 8 juin a replongé Jérusalem dans un état d’urgence devenu trop familier: sirènes, informations sur des tirs iraniens vers Israël, et frappes israéliennes en Iran. Au matin, la ville paraissait sombre. Ciel gris au-dessus du boulevard Herzl, circulation plus faible que d’habitude, ambulance traversant un axe central, et l’impression générale d’une ville qui tente de fonctionner tout en peinant à respirer.
Ce n’est plus seulement une question de sécurité. À Jérusalem, la guerre s’infiltre dans presque toutes les couches de la vie quotidienne: les parents se retrouvent avec les enfants à la maison juste avant les grandes vacances, les propriétaires de commerces privés tentent de survivre à une nouvelle journée d’incertitude, et le tourisme – étranger comme israélien – reste encore très loin d’une véritable reprise. Pourtant, politiquement, Jérusalem demeure une ville qui donne une force importante à Netanyahou, au Likoud et aux autres partis de sa coalition, surtout les partis ultraorthodoxes.
À quoi ressemble Jérusalem au matin suivant les sirènes?
Conformément à l’évaluation de la situation et aux consignes du Commandement du front intérieur, la municipalité de Jérusalem a annoncé que la ville passait à un mode d’activité réduit en situation d’urgence. Après les tirs de missiles depuis l’Iran, le maire Moshe Lion a ordonné l’ouverture de tous les abris municipaux et l’activation de la cellule de crise de la mairie.
La municipalité a précisé qu’aucune activité éducative n’aurait lieu à travers Jérusalem, y compris dans les établissements scolaires, les cadres d’éducation informelle et les activités communautaires destinées aux enfants et aux adolescents. Les rassemblements ne seront autorisés que selon les directives du Commandement du front intérieur, et les lieux de travail ne pourront fonctionner que là où il est possible d’atteindre un espace protégé réglementaire dans le délai requis.
Que devient le système de santé de Jérusalem en situation d’urgence?
Les hôpitaux et les caisses de santé de la ville sont eux aussi passés à un format adapté. À Hadassah, il a été indiqué que les hôpitaux fonctionnent selon les directives du Commandement du front intérieur et du ministère de la Santé, et que « toute l’activité urgente se poursuivra normalement ». Dans le même temps, les patients ayant des difficultés à se déplacer seuls doivent venir accompagnés, afin de pouvoir être aidés à rejoindre un espace protégé en cas de besoin.
La Clalit du district de Jérusalem a également annoncé un passage en mode d’urgence, sous réserve de l’existence d’espaces protégés réglementaires dans les cliniques. Erez Levy, directeur de la Clalit pour le district de Jérusalem, a déclaré: « Les équipes de Clalit sont prêtes à continuer de fournir un service médical sûr et de qualité aux habitants de Jérusalem et de ses environs, tout en élargissant la réponse numérique et en maintenant la continuité des soins en situation d’urgence. »
Pourquoi Jérusalem continue-t-elle de s’accrocher à Netanyahou?
C’est ici qu’apparaît le grand paradoxe de Jérusalem. Le public de la ville se plaint, s’use, se fatigue et ressent la guerre dans son portefeuille, à la maison, sur les routes et dans l’ambiance générale. Les parents sont en colère face à une nouvelle journée sans cadre pour leurs enfants, les indépendants redoutent une nouvelle vague d’annulations, et les hôtels comme les entreprises dépendantes du tourisme continuent de compter les pertes.
Mais dans les urnes, Jérusalem reste largement derrière Netanyahou et les partis de sa coalition. Ce n’est pas seulement une loyauté politique. C’est aussi une identité, une communauté, une peur, une tradition et une habitude de vote profondément ancrée. Ainsi se crée une réalité presque impossible à Jérusalem: une ville épuisée par la guerre, mais qui s’accroche encore à l’homme qui la dirige.


