La saga des constructions illégales du cheikh et ingénieur Ahmad Alyan, habitant du quartier de Beit Safafa, dans le sud de Jérusalem, qui a occupé pendant des années les autorités chargées de l’application de la loi, a pris ces derniers jours un tournant médiatique inattendu – sa fille, Bouchra Alyan, a achevé la filière scientifique des examens palestiniens du baccalauréat, le « Tawjihi », avec une moyenne de 99,6, ce qui lui a valu la première place parmi les élèves du district de Jérusalem relevant de l’Autorité palestinienne.
Mais ce qui aurait dû rester une réussite scolaire personnelle s’est rapidement transformé en opération de relations publiques politique, présentant la famille d’un homme condamné pour des infractions à la construction comme un symbole de « fermeté » face aux autorités israéliennes chargées de faire respecter la loi.
Comment la construction illégale à Beit Safafa est-elle devenue une campagne politique ?
Cette réussite scolaire intervient après des années durant lesquelles Alyan a agi en violation totale des lois sur l’urbanisme et la construction. À partir de 2010, Alyan a mené une bataille judiciaire acharnée dans le but de faire légaliser rétroactivement un vaste immeuble d’habitation qu’il avait construit de sa propre initiative et sans obtenir de permis de construire légal.
Au fil des années, malgré des avertissements répétés pour infractions à la construction illégale et le paiement d’amendes cumulées d’un montant de 76 000 shekels, Alyan a continué à conserver la structure illégale, tout en utilisant les procédures judiciaires pour gagner du temps et repousser l’inévitable.
La saga n’a pris fin qu’après qu’Alyan a épuisé toutes les possibilités à sa disposition et que la municipalité de Jérusalem a mis en œuvre des ordres administratifs de démolition. En août 2022, puis lors d’une deuxième vague en septembre 2024, Alyan a choisi la procédure de « démolition volontaire » et a retiré lui-même la structure illégale afin d’éviter des amendes supplémentaires et de devoir supporter les coûts d’une démolition menée par la municipalité, notamment les lourdes dépenses liées à la sécurisation policière.
Les images de la démolition ont été utilisées par des acteurs palestiniens de l’est de la ville pour lancer une campagne de propagande virale sur les réseaux sociaux, présentant l’auteur des infractions à la construction comme une victime d’une « crise du logement », souffrant de la cruauté des autorités israéliennes.
Désormais, le contraste entre l’application de la loi et la démolition de la structure illégale, d’une part, et l’excellence de la fille aux examens, d’autre part, est utilisé par les médias palestiniens et les militants du quartier pour transformer la famille en héros culturels. La communauté locale de Beit Safafa en particulier, et les réseaux sociaux de Jérusalem-Est en général, s’approprient les réussites de la jeune fille, qui a également mémorisé le Coran par cœur, et entourent d’une chaleureuse reconnaissance publique aussi bien le père, qui a longtemps ignoré les lois sur l’urbanisme et la construction à Jérusalem, que sa fille, excellente élève, en les couvrant d’honneur et d’estime.


