Quand 8 500 élèves restent à la maison : la bataille de l’éducation à Jérusalem-Est éclate

La rentrée scolaire à Jérusalem-Est est paralysée dans les écoles chrétiennes, sur fond de crise des permis des enseignants et de lutte autour des programmes scolaires
Religieuse entourée d’élèves dans la cour d’une école chrétienne à Jérusalem-Est
Des élèves aux côtés d’une religieuse dans la cour d’une école chrétienne à Jérusalem-Est, sur fond de crise ayant laissé des milliers d’enfants hors des salles de classe

Des milliers d’élèves des écoles chrétiennes privées de Jérusalem-Est sont restés chez eux à l’ouverture de l’année scolaire, le 1er septembre. Le Secrétariat général des établissements d’enseignement chrétiens de la ville a annoncé que toutes les écoles placées sous sa supervision suspendraient les cours jusqu’au renouvellement des permis sécuritaires d’entrée à Jérusalem pour plus de 70 enseignants et autres membres du personnel éducatif résidant en Judée-Samarie. La décision touche plus de 8 500 élèves, chrétiens comme musulmans, scolarisés dans des établissements prestigieux tels que Terra Sancta, le collège De La Salle et les écoles des Sœurs du Rosaire.

Dans son communiqué, le Secrétariat a affirmé que le non-renouvellement des permis avait été décidé « soudainement et sans préavis » et compromettait la possibilité de garantir une rentrée sûre, notamment sur les plans éducatif, administratif, sanitaire et sécuritaire.

Pourquoi les écoles chrétiennes de Jérusalem-Est s’opposent-elles au programme scolaire israélien ?

La crise actuelle ne constitue pas un événement isolé. Elle intervient sur fond de lutte persistante autour des programmes scolaires à Jérusalem-Est, entre le programme israélien, qui mène au baccalauréat israélien, et le programme palestinien, sanctionné par les examens du Tawjihi.

Depuis 2018, Israël accorde des financements préférentiels aux écoles qui adoptent la filière israélienne, dans le cadre du programme d’intégration des habitants de la partie orientale de la ville. Le résultat est visible : au cours de la nouvelle année scolaire, environ 45 000 élèves du système municipal devraient étudier selon le programme israélien, pour la première fois depuis 1967, y compris tous les nouveaux élèves de première et de septième année. Cela représente environ 38 % de l’ensemble des élèves de Jérusalem-Est.

En Israël, cette évolution est considérée comme une véritable opportunité : le programme scolaire israélien ouvre les portes des universités, du marché du travail et de la société israélienne au sens large. Il permet également de superviser les contenus et de prévenir l’incitation. Depuis des années, le ministère de l’Éducation et la municipalité de Jérusalem soulignent que des manuels scolaires palestiniens ont auparavant présenté des cartes sans Israël, glorifié le terrorisme et effacé le lien juif avec Jérusalem, des contenus qui contredisent les normes internationales de l’UNESCO en matière d’éducation à la paix.

Les écoles chrétiennes privées, en revanche, s’opposent pour la plupart à cette transition. Elles restent attachées au programme palestinien, ou à une combinaison avec des programmes internationaux, et considèrent les pressions israéliennes comme une tentative « d’effacer l’identité palestinienne ». Seule une petite minorité d’entre elles a ouvert des filières menant au baccalauréat israélien, qui offrent de meilleures perspectives aux enfants. Ces établissements, dont certains fonctionnent depuis des centaines d’années, sont considérés comme étant de grande qualité et accueillent également de nombreux élèves musulmans.

Cependant, la dépendance de ces établissements à l’égard d’enseignants résidant en Judée-Samarie, qui franchissent quotidiennement des checkpoints, les rend particulièrement vulnérables aux restrictions de circulation renforcées depuis l’attaque du 7 octobre 2023. Du point de vue israélien, les permis d’entrée ne sont pas une simple question technique. Ils constituent un outil de gestion sécuritaire de l’entrée à Jérusalem de Palestiniens venant de Judée-Samarie, alors que la ville reste confrontée à des menaces persistantes. Après le massacre du 7 octobre, les restrictions ont été considérablement durcies et certaines sont toujours en vigueur. Israël n’est pas tenu d’autoriser l’entrée libre d’enseignants venant de Judée-Samarie dans des établissements privés, en particulier lorsqu’il est possible de recruter des enseignants locaux ou de s’appuyer sur le programme scolaire israélien. Cette politique est également perçue comme faisant partie d’un effort visant à renforcer le lien avec Jérusalem unifiée et à réduire l’influence de l’Autorité palestinienne sur l’éducation dans la ville.

De nombreux parents de Jérusalem-Est choisissent déjà la filière israélienne pour des raisons pragmatiques : elle offre à leurs enfants de meilleures chances pour l’avenir. Les écoles chrétiennes, en revanche, continuent d’insister sur leur indépendance, même au prix de perturbations répétées de la scolarité.