Coût de la vie à Jérusalem : comment le raisin est devenu un luxe

Faut-il emprunter pour acheter un kilo de raisin à Jérusalem à l’été 2026 ?
Collage du marché Mahane Yehuda à Jérusalem avec des grappes de raisins verts et rouges
Le marché Mahane Yehuda à Jérusalem et des grappes de raisin, devenus à l’été 2026 un autre symbole du coût de la vie dans la ville

Été 2026, et les raisins qui arrivent au marché Mahane Yehuda de Jérusalem ressemblent à un bijou de saison pour ceux à qui le coût de la vie permet encore de se faire plaisir.

Depuis le tramway qui traverse la ville d’est en ouest, jusqu’au mont Herzl en direction de l’hôpital Hadassah Ein Kerem, les habitants de Pisgat Ze’ev, Gilo, Neve Yaakov et Kiryat Hayovel descendent les uns après les autres pour racheter ce qui a déjà disparu de la maison après la dernière fête. Les chariots du marché et les paniers sont prêts à accueillir les meilleurs légumes et fruits de saison, tandis que le calcul tourne déjà dans la tête avant même le premier achat.

Beaucoup rempliront leur panier avec un quart de pastèque, quelques citrons, des haricots verts, des abricots et des nèfles, peut-être aussi une petite barquette de fraises pour les petits-enfants. Les clients passeront près des raisins avec un regard rapide, presque gêné. La plupart des grappes resteront sur l’étal jusqu’aux heures tardives du soir, au moment où leur prix baissera enfin.

Comment le raisin est-il devenu un fruit de luxe à Jérusalem ?

Le fruit le plus israélien de l’été, l’un des sept fruits dont la Terre d’Israël a été bénie, devient un produit de luxe. Le petit-déjeuner des élèves israéliens ne comprendra, dans la plupart des cas, pas de raisin, ce fruit rafraîchissant, rond, le plus doux et le plus agréable. La plupart n’en auront pas dans leur cartable, tout simplement parce que le raisin est devenu cher.

Dès les premières heures du matin au marché Mahane Yehuda, juste avant que la chaleur de Jérusalem ne tombe sur les rues HaTapuach, Etz Chaim, HaAgas et les ruelles voisines, les barquettes transparentes de raisin attirent le regard comme des trésors dans une vitrine. Les raisins verts et noirs portent une rosée fraîche, et leur perfection réveille un doux souvenir d’été. Il y a peu encore, ils étaient cueillis dans les vignes et les champs par des agriculteurs travailleurs, amoureux de la terre. Mais le panneau affichant leur prix suffit à freiner l’enthousiasme.

Les raisins verts se vendent cette année entre 18 et 35 shekels le kilo. Les raisins noirs grimpent déjà à 25, voire 40 shekels le kilo. Ils sont rangés dans des boîtes transparentes d’un demi-kilo à un kilo, ordonnées, brillantes, presque stériles. Il n’y a pas de dégustation gratuite, et personne n’ose arracher un grain. Autrefois, on touchait, on goûtait, on terminait une petite grappe en faisant ses courses. Aujourd’hui, les raisins sont devenus comme des bougies sacrées, faits pour être regardés seulement. On observe le prix, puis on continue son chemin.

Où sont passées les vignes des cours de Jérusalem ?

Même cette image qui faisait autrefois partie du paysage de Jérusalem, les vignes dans les cours des maisons, a presque disparu. Le balcon, le jardin et le coin où l’on pouvait respirer librement à la tombée du soir ont été fermés pour devenir une pièce supplémentaire, tandis que la tonnelle de raisin et la pergola verte et généreuse semblent elles aussi en voie de disparition.

Les raisins qui symbolisaient autrefois, dans le verger de Jérusalem, l’été, la liberté, la générosité et l’abondance, représentent aujourd’hui le coût de la vie et les secousses que traverse l’État d’Israël en général, et Jérusalem en particulier, depuis plusieurs années. Un bol de raisins lavés sur la table, qui allait jadis de soi, est devenu une décision économique. L’abondance de raisins qui remplissait les foyers de Jérusalem il y a une génération faisait sortir les presse-fruits et inventer des méthodes originales pour remplir des verres de jus de raisin froid pour toute la famille.

« … La vigne avec la vigne, c’est une chose belle et bien assortie … », chantent les hassidim lors des fiançailles et des mariages, en citant le traité Pessa’him, 49a. Et c’est peut-être la chute décevante de l’été 2026 dans la capitale du pays où il fut promis que chacun vivrait « sous sa vigne et sous son figuier ». Même la vigne est devenue un produit premium.