Jérusalem sensibilise à la sécurité routière, mais est-ce suffisant pour sauver des vies ?

Des actions de prévention routière sont organisées à Jérusalem, mais les recherches montrent que le problème dépasse largement le manque de sensibilisation
Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, avec des écolières participant à une activité éducative consacrée à la sécurité routière
Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, avec des écolières lors d'une activité de sensibilisation à la sécurité routière. L'éducation commence en classe, mais la responsabilité de la sécurité se poursuit dans les rues (Photo: Jerusalem Municipality Spokesperson)

Peut-on apprendre à toute une ville à adopter un comportement plus prudent sur les routes, ou la sécurité routière dépend-elle de facteurs bien plus complexes que les cours scolaires et les campagnes de sensibilisation ? À Jérusalem, ville marquée par des inégalités sociales, des quartiers densément peuplés, des communautés diverses et un réseau de transport complexe, cette question revêt une importance particulière. Ces jours-ci, plusieurs activités éducatives et communautaires sont organisées dans le cadre du mois de la sécurité routière. Mais derrière ces initiatives se dessine un débat plus large sur les relations entre comportement humain, urbanisme et responsabilité collective.

L’éducation à la sécurité routière permet-elle réellement de réduire les accidents ?

Les recherches internationales sur la sécurité routière montrent que l’éducation et les campagnes de sensibilisation, lorsqu’elles sont utilisées seules, ne suffisent pas à réduire sensiblement le nombre d’accidents et de victimes. L’approche du « système sûr », adoptée dans de nombreux pays, repose sur un principe fondamental : les êtres humains commettent inévitablement des erreurs. Les routes, les intersections et les passages piétons doivent donc être conçus pour limiter les conséquences de ces erreurs. La réduction des vitesses, l’amélioration des infrastructures et une application régulière de la réglementation peuvent avoir davantage d’effets qu’une campagne de sensibilisation, même réussie.

À Jérusalem, ce défi possède une dimension sociale particulière. Un enfant vivant dans un quartier densément peuplé, une personne âgée éprouvant des difficultés à traverser une route fréquentée et un automobiliste pressé de rejoindre son travail n’évoluent pas dans les mêmes conditions. Les approches sociologiques de la sécurité routière soulignent que les comportements sont également influencés par l’environnement, l’accès aux transports et les normes sociales propres aux différentes communautés.

Les chiffres illustrent l’ampleur du problème. En 2025, 167 piétons ont été victimes d’accidents de la circulation à Jérusalem, dont sept personnes décédées et 67 grièvement blessées, selon les données publiées par l’association israélienne de sécurité routière Or Yarok, sur la base des statistiques du Bureau central des statistiques d’Israël. Ces chiffres appellent une réflexion sur les infrastructures, et pas uniquement sur les comportements individuels.

Quelles activités de sécurité routière sont organisées à Jérusalem ?

Le programme municipal comprend des cours de sécurité routière dans les établissements scolaires, des ateliers éducatifs dans les centres communautaires et des activités destinées aux élèves du quartier de Beit Hanina, à Jérusalem-Est. D’autres initiatives sont adaptées aux établissements scolaires ultra-orthodoxes, tandis qu’une campagne encourage les usagers de la route à mieux prendre en compte les besoins des personnes âgées.

L’un des projets, intitulé « Cela ne m’arrivera pas – Arrêtez-vous et écoutez », repose sur des rencontres avec des victimes d’accidents de la circulation. Celles-ci racontent leur expérience et les conséquences des accidents sur leur vie et celle de leurs proches. D’un point de vue psychologique, ces témoignages peuvent transformer un risque abstrait en une réalité émotionnellement tangible. Toutefois, leur influence durable sur les comportements doit être évaluée et ne peut être considérée comme acquise.

Le maire adjoint de Jérusalem, Arieh King, responsable de la sécurité routière au sein de la municipalité, a présenté l’objectif de zéro décès sur les routes comme une orientation majeure de la politique municipale. Il a souligné la nécessité de protéger les enfants, les piétons et les personnes âgées, parallèlement à l’amélioration des infrastructures routières.

Mais le véritable indicateur de réussite ne réside ni dans le nombre de cours dispensés ni dans celui des participants aux campagnes. Il se trouve dans les rues mêmes de Jérusalem : dans la vitesse des véhicules, la sécurité des passages piétons et la possibilité pour les enfants de se rendre à l’école et d’en revenir sans danger. L’éducation est essentielle, mais une ville véritablement sûre se mesure avant tout à sa capacité à protéger ses habitants, même lorsqu’ils commettent des erreurs.