L’un des projets de développement les plus ambitieux et les plus controversés de Jérusalem arrive sur la table des autorités chargées de l’aménagement urbain : le projet « Vallée de Sion – Quartier de l’innovation ». Porté par l’Autorité foncière israélienne en collaboration avec la municipalité de Jérusalem, il s’étend sur environ 194 dounams, soit 19,4 hectares, et prévoit de transformer l’espace ouvert situé entre le quartier de Beit Vagan, le campus universitaire de Givat Ram, le centre médical Shaare Zedek et l’échangeur de Beit en un nouveau quartier urbain dynamique et innovant. Mais ce projet présente des inconvénients environnementaux et menace également de faire disparaître les terrains d’entraînement historiques du club de football Beitar Jérusalem, qui pourrait ainsi être chassé de son lieu d’attache depuis plusieurs décennies.
Que prévoit le projet Vallée de Sion à Jérusalem et quel avenir pour les terrains d’entraînement du Beitar ?
Présenté comme une vision associant innovation et développement résidentiel, le projet prévoit la construction de 1 651 nouveaux logements, ainsi que des centaines de milliers de mètres carrés destinés aux activités économiques, aux bureaux, aux laboratoires de haute technologie, aux établissements scolaires et aux équipements publics. Son objectif principal est de réunir les grandes institutions universitaires et médicales du secteur au sein d’un ensemble intégré consacré à la recherche, au développement et à l’habitat, tout en tirant parti de son accessibilité depuis l’axe routier de Beit.
Le projet fait actuellement l’objet de discussions préliminaires au sein de la commission régionale de planification et de construction de Jérusalem, avant son dépôt officiel. Il devra ensuite franchir plusieurs étapes, notamment l’examen des objections du public, de nouvelles délibérations devant les commissions compétentes et l’obtention d’une approbation réglementaire définitive, avant que les terrains puissent faire l’objet d’appels d’offres destinés aux promoteurs immobiliers. Leur valeur est estimée à plusieurs centaines de millions, voire plusieurs milliards de shekels.
Les partisans du projet, au premier rang desquels figurent l’Autorité foncière israélienne et les responsables de la planification, y voient un moteur stratégique essentiel pour la croissance économique et urbaine de Jérusalem. Selon eux, l’association de nouveaux espaces professionnels et de logements modernes permettra d’attirer une population jeune et qualifiée, de renforcer les entreprises de haute technologie et les établissements universitaires, et d’exploiter pleinement le potentiel foncier situé au cœur de l’agglomération.
À l’inverse, le projet suscite une importante vague d’opposition. Plusieurs organisations environnementales, dont la Société pour la protection de la nature en Israël, mettent en garde contre de graves atteintes à un corridor écologique et à l’un des rares espaces ouverts encore présents au cœur de Jérusalem. Les habitants des quartiers de Beit Vagan et de Beit Hakerem redoutent également une surcharge des infrastructures de transport existantes, qui peinent déjà à répondre aux besoins actuels.
Mais la principale victime potentielle du projet reste le club de football Beitar Jérusalem. Les nouvelles constructions doivent être réalisées directement sur les terrains d’entraînement du club à Beit Vagan. La mise en œuvre du projet sans qu’une solution de remplacement opérationnelle soit préalablement garantie pourrait gravement perturber les activités du club, en particulier celles de son centre de formation des jeunes. Des militants associatifs et des représentants du public réclament le report du projet jusqu’à ce qu’un complexe sportif moderne de remplacement soit assuré, ou l’exclusion pure et simple des terrains de sport du périmètre constructible.
La commission régionale de planification et de construction devra finalement déterminer si la « Vallée de Sion » constituera le prochain grand bond en avant de Jérusalem vers le progrès technologique et urbain, ou si le prix environnemental et social à payer s’avérera trop élevé.


