Voici à quoi ressemble aujourd’hui à Jérusalem le restaurant qui était une véritable icône chaque samedi

Les ruines du restaurant Link à Jérusalem font aujourd’hui écho au combat autour du Café Basimta et à la fermeture du restaurant Satya, révélant comment la vie laïque est progressivement repoussée hors de la ville
Travaux de démolition et de déblaiement sur le site de l’ancien restaurant Link, rue Hamaalot à Jérusalem
Tas de gravats, poutres en bois et pelleteuse sur le site où se trouvait autrefois le restaurant Link à Jérusalem, avant un futur projet immobilier (Photo: Jerusalem Online News)

D’immenses tas de pierres et de morceaux de béton recouvrent désormais la cour. Des poutres en bois sont entassées les unes sur les autres, une petite pelleteuse se tient sur le côté, tandis que certaines parties de l’ancien bâtiment en pierre de Jérusalem sont encore visibles à l’arrière-plan. Il est difficile d’imaginer que ce chantier de démolition abritait autrefois le restaurant Link, dont les tables se remplissaient chaque week-end de familles, de jeunes, d’artistes, de figures de la bohème locale et de clients fidèles. Des travaux de démolition et de déblaiement sont aujourd’hui en cours en vue d’un futur projet immobilier.

Cette image prend une signification particulière précisément en ce moment. Depuis quatre samedis consécutifs, le Café Basimta, un nouvel établissement de la rue Agripas, est au centre de manifestations ultra-orthodoxes en raison de son ouverture pendant le shabbat. Face aux protestataires, des clients et des soutiens viennent défendre l’un des rares lieux de détente encore ouverts dans le secteur pendant le jour de repos juif. Dans le même temps, le restaurant non casher Satya, situé rue Keren Hayesod, a annoncé sa fermeture après douze années d’activité. Ces trois établissements sont différents, mais ils racontent ensemble la même histoire de Jérusalem : celle d’une ville où la culture laïque lutte pour conserver un espace qui ne cesse de se réduire.

Qu’est-il arrivé au restaurant Link de la rue Hamaalot à Jérusalem ?

Le restaurant Link a ouvert ses portes en 1997 sous la direction du restaurateur hiérosolymitain Yehuda Aslan et a fonctionné pendant 22 ans au 3, rue Hamaalot. Il s’agissait d’un bar-restaurant non casher qui servait notamment des fruits de mer et restait ouvert le vendredi soir ainsi que le samedi. Au-delà de la nourriture, il était devenu un lieu de rencontre social et familial associé à la Jérusalem laïque et bohème des années 1990 et 2000.

Link a fermé au début du mois de mars 2019 après l’expiration de son bail. Il avait été proposé à ses propriétaires de continuer à exploiter l’établissement sous une formule casher impliquant une fermeture pendant le shabbat, mais ils avaient refusé d’effacer l’identité du restaurant. Aujourd’hui, les tables et la terrasse autrefois bondée ont laissé place aux gravats et aux engins de chantier.

Pourquoi le Café Basimta à Jérusalem est-il devenu un symbole du combat autour du shabbat ?

Le Café Basimta a récemment ouvert près de la rue Agripas, dans une zone où très peu de commerces fonctionnent le samedi. Les protestations répétées devant l’établissement ont transformé ce petit café en véritable test pour la ville : la pression des manifestants déterminera-t-elle quels commerces peuvent ouvrir dans le centre de Jérusalem, ou les habitants laïques conserveront-ils eux aussi une place dans la ville pendant le week-end ?

Alors que les manifestants ultra-orthodoxes dénoncent ce qu’ils considèrent comme une profanation publique du shabbat, les soutiens du café viennent le renforcer par leur présence et leurs achats. Le conflit a donc depuis longtemps dépassé les limites de la petite ruelle. Il est devenu un nouvel épisode du débat ancien sur l’identité de Jérusalem et sur le droit des différentes communautés à vivre selon leur propre mode de vie.

Pourquoi le restaurant Satya à Jérusalem ferme-t-il après douze ans ?

Satya était installé au 36, rue Keren Hayesod, servait une cuisine non casher et restait ouvert pendant le shabbat. Ses responsables ont décrit la difficulté croissante de maintenir en activité un restaurant non casher à Jérusalem. La fermeture ne peut pas nécessairement être attribuée à une seule cause, mais elle met en évidence un problème plus large : lorsque les jeunes laïques quittent la ville, que le tourisme s’affaiblit et que la clientèle potentielle se réduit, même des institutions bien établies peinent à survivre.

Link est déjà devenu un chantier de démolition, Satya ferme ses portes et le Café Basimta se bat pour continuer à fonctionner. Ensemble, ils reflètent une Jérusalem de plus en plus ultra-orthodoxe, tandis que sa population laïque et sa culture bohème locale sont repoussées vers un nombre toujours plus limité de rues et d’établissements.