L’entrée dans le mois d’Av et le début des « neuf jours » se font sentir au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, à travers d’autres sons et un rythme différent. La chaleur est déjà présente tôt le matin, le tramway s’arrête à proximité et les foules, dont certains visiteurs en excursion touristique dans la ville, affluent dans les ruelles du marché.
Dans les rues HaAgas, Etz Haïm et HaShaked s’empilent des raisins juteux, des cerises, des litchis, des abricots, des prunes, des pommes « Anna », des pastèques et des melons. Les vendeurs interpellent les passants, mais ceux qui connaissent ce marché habituellement animé et joyeux le sentent immédiatement : quelque chose a changé dans l’air. Ce n’est pas seulement l’été. Le mois d’Av commence lui aussi à se faire sentir.
Comment les neuf jours transforment-ils le marché Mahane Yehuda à Jérusalem ?
Chaque année, avec l’arrivée du mois d’Av et des « neuf jours », le pouls du marché Mahane Yehuda change lui aussi. Pour les habitants de Jérusalem attachés à la tradition, il s’agit d’une période de retenue et de calme relatif avant le jeûne de Tisha BeAv, journée de deuil marquant la destruction du Temple. Beaucoup s’abstiennent de manger de la viande et de la volaille durant les jours de semaine et se tournent vers les légumes, les fruits et les produits laitiers.
Le changement est clairement perceptible entre les étals. Les vendeurs de falafels, les boulangeries et les stands de nourriture végétarienne bénéficient d’une activité soutenue, tandis que certains restaurants et cafés perdent une partie de l’animation habituelle des soirées d’été. Les bars locaux connaissent eux aussi des journées plus calmes, par respect pour les coutumes de cette période.
L’été chaud de Jérusalem impose également une règle commerciale simple : vendre vite et tôt. Les propriétaires des étals de fruits savent que chaque heure passée sous le soleil nuit à la fraîcheur des produits. Les promotions commencent donc dès le matin et les caisses se vident avant même l’après-midi. Qui a déjà entendu parler d’un kilo de cerises à 15 shekels ?! Une foule se presse autour de l’étal proposant cet or rouge si rare. Une cliente appelle une amie qui s’éloigne et lui raconte qu’elle a participé cette semaine à une cueillette de cerises dans le nord, où le kilo était vendu 40 shekels.
Pourquoi les habitants de Jérusalem repoussent-ils leurs achats jusqu’après Tisha BeAv ?
La nourriture n’est pas la seule à modifier le visage du marché. Les magasins de vêtements et d’ustensiles de cuisine attendent patiemment. Beaucoup repoussent tout nouvel achat jusqu’après Tisha BeAv, conformément à la tradition.
Dans les librairies religieuses, le rouleau des Lamentations est placé en évidence à l’avant des rayons. Ce texte, attribué au prophète Jérémie, est lu durant la nuit de Tisha BeAv et décrit, sous la forme d’une lamentation, la destruction de Jérusalem et du Temple. Il rappelle que Jérusalem est une ville vivante, qui porte aussi une mémoire ancienne de la perte.
À la fin des neuf jours, le marché Mahane Yehuda redeviendra un centre commercial et touristique animé. Les cafés, les restaurants et la vie nocturne retrouveront leur effervescence. En attendant, chacun découvre un marché plus retenu, profondément hiérosolymitain, qui relie le commerce à la tradition, les parfums de l’été à la mémoire historique, et la Jérusalem d’aujourd’hui à celle d’autrefois.
Les dates du calendrier hébraïque modifient le contenu du panier. La tradition entrelace la mémoire, la foi et le goût. Telle est la culture du marché Mahane Yehuda, qui expose les produits de la terre nourricière, comme la culture du peuple d’Israël repose entre les pages des livres et de l’histoire.


