Il ne s’agit plus d’une petite manifestation devant un café, ni d’une querelle typiquement hiérosolymitaine que quelques cris de « Shabbos » suffiraient à faire disparaître. Semaine après semaine, des manifestants ultra-orthodoxes se rendent devant « Café Basimta », rue Agripas. Face à eux se rassemble un public libéral qui a décidé, cette fois, de ne pas partir, de ne pas baisser la tête et de ne pas chercher un autre endroit où boire son café.
Samedi dernier, la tension est encore montée d’un cran. Environ cent manifestants ultra-orthodoxes ont tenté de se diriger vers le café, la police leur a barré le passage et des affrontements ont éclaté sur place. Des semaines de cris, de coups portés contre les vitres, de jets de pierres, d’une table renversée et de barrières policières ont déjà transformé cette petite ruelle en l’un des points les plus explosifs de Jérusalem.
Comment Café Basimta à Jérusalem est-il devenu une poudrière ?
La protestation ultra-orthodoxe ne faiblit pas. Au contraire. Ces dernières semaines, elle revient régulièrement, tandis que le camp qui soutient l’établissement grossit à chaque fois. Un samedi, des centaines de personnes sont venues défendre le café, pendant que la police repoussait des manifestants qui tentaient de s’approcher de l’entrée. Entre les cris de « Shabbos » d’un côté et de « Allez vous enrôler » de l’autre, il ne reste plus beaucoup de place pour faire semblant de croire à une coexistence polie.
L’organisation du public libéral se déplace désormais de la ruelle vers Facebook et Instagram. Des publications, des vidéos et des appels au partage invitent le public à venir samedi 8 août à 10 h 30 et à remplir « Café Basimta ». L’un des appels publiés sur Instagram a recueilli des milliers de réactions et de mentions « J’aime », transformant une simple visite au café en événement de soutien planifié. Aux côtés des habitants de Jérusalem, des voix venues d’autres régions, notamment du Gush Dan, annoncent également leur intention de monter dans la capitale pour soutenir l’établissement. Le nombre réel de participants ne sera connu que samedi, mais cette mobilisation n’est déjà plus locale ni spontanée.
Depuis des années, la colère s’accumule chez les Israéliens laïcs, traditionnels et religieux portant la kippa sans être ultra-orthodoxes, face à ce qu’ils considèrent comme une prise de contrôle ultra-orthodoxe de l’espace public et de la culture des loisirs à Jérusalem. Beaucoup ont déjà quitté la ville. D’autres sont restés, mais ne sont plus prêts à reculer chaque fois que quelqu’un leur crie que leur manière de vivre et de passer le samedi n’est pas la bienvenue.
Le prochain samedi à Jérusalem peut-il se terminer dans la violence ?
Tous les ultra-orthodoxes qui viennent manifester ne cherchent pas à frapper, et tous les libéraux venus boire un café ne cherchent pas la bagarre. Mais lorsque des foules arrivent à l’avance pour se battre autour d’un symbole, face à un camp convaincu que le moment est venu de riposter, les bonnes intentions ne garantissent plus rien.
Cette ruelle reflète une société israélienne qui se désagrège en camps qui ne se parlent plus, mais se mobilisent les uns contre les autres. L’enrôlement des ultra-orthodoxes, le Shabbat, les rapports entre religion et État et le contrôle de l’espace public se sont mêlés en une seule matière inflammable. Une insulte, une bousculade ou une nouvelle rupture des barrières pourrait suffire pour que le prochain affrontement ne se termine pas par une nouvelle vidéo sur internet, mais par une véritable bataille de rue. « Café Basimta » n’est que le lieu. L’explosion, si elle survient, sera israélienne tout entière.


