Pas pour les lâches : le soutien au café « Hasimta » à Jérusalem rassemble ceux qui en ont assez de reculer

Vidéo : laïcs, religieux libéraux et membres du sionisme religieux se sont retrouvés à Jérusalem face à la contestation ultra-orthodoxe, faisant du café le symbole d’un combat bien plus large sur le caractère d’Israël
Des soutiens issus de différents secteurs remplissent la rue devant le café « Hasimta » à Jérusalem lors du rassemblement de soutien du samedi
Une foule de laïcs, de religieux et d’autres soutiens devant le café « Hasimta » à Jérusalem lors de la mobilisation face à la protestation ultra-orthodoxe du samedi (Photo: Jerusalem Online News)

L’image qui reste de ce samedi à Jérusalem n’est pas seulement celle d’un café bondé. C’est celle de quelque chose qui commence à bouger sous la surface. Dans la rue étroite devant le café « Hasimta », se tenaient côte à côte des gens qui ne votent pas nécessairement pour le même parti, ne prient pas dans la même synagogue et ne vivent pas le samedi de la même façon. Des Israéliens laïcs, des religieux libéraux, des membres du sionisme religieux, des habitants de Jérusalem, mais aussi des soutiens venus de la région de Tel-Aviv et du centre du pays. Leur point commun était beaucoup plus simple : ils en ont assez de reculer.

Une foule importante est venue en réponse à la protestation ultra-orthodoxe contre l’ouverture du café le samedi, remplissant la rue et formant une longue file à l’entrée. Des journalistes, photographes et créateurs de contenu sont également venus documenter la scène, alors qu’un conflit local autour d’un café ouvert le samedi s’est rapidement transformé en image bien plus large de Jérusalem et d’Israël. Parmi les personnes présentes figuraient aussi des professionnels des médias et des créateurs de contenu, dont Assaf Gotthelf. Et ici aussi, le message devient plus net : il reste de moins en moins de place pour une presse conservatrice, polie et excessivement prudente, qui arrondit chaque affrontement et redoute chaque formule forte. Quand la société traverse un conflit réel, le journalisme ne peut pas éternellement parler à voix basse. Il doit dire clairement ce qui se passe.

Pourquoi le combat autour du café « Hasimta » à Jérusalem ne concerne-t-il plus seulement l’ouverture d’un commerce le samedi ?

Parce que le café n’est que la surface. En dessous se trouve une colère accumulée depuis des années autour des relations entre la communauté ultra-orthodoxe et les autres composantes de la société israélienne. Le débat sur la conscription des ultra-orthodoxes dans l’armée a rendu cette frustration encore plus aiguë. Des Israéliens laïcs et religieux qui servent, envoient leurs enfants à l’armée, travaillent et paient des impôts demandent de plus en plus ouvertement pourquoi la responsabilité commune semble s’arrêter, encore et encore, au même endroit.

L’argent fait lui aussi partie de cette colère. La critique ne porte pas seulement sur le service militaire, mais sur un système dans lequel l’État continue de financer des institutions, des allocations et des services pour des communautés au sein desquelles des groupes importants refusent une participation complète aux obligations civiques. On peut débattre des chiffres et des solutions, mais il devient difficile d’ignorer la colère elle-même. Samedi, elle a pris des visages, des corps et la forme d’une longue file devant un café de Jérusalem.

C’est aussi ce qui rend l’événement si révélateur. Il ne s’agit plus simplement d’un front « laïcs contre ultra-orthodoxes ». Quand des sionistes religieux, des religieux libéraux et des laïcs se tiennent dans la même rue, l’histoire change. Une sorte de coalition sociale informelle se forme entre des gens qui peuvent être en désaccord sur presque tout, mais commencent à s’accorder sur une limite : on ne peut pas parler de droits sans parler aussi de responsabilité.

Le café « Hasimta » marque-t-il un changement plus profond à Jérusalem ?

Il est encore trop tôt pour parler de révolution, mais les endroits où commencent les révolutions ressemblent rarement à des lieux révolutionnaires au premier regard. Parfois c’est une université, parfois une place, et parfois un petit café de Jérusalem qui décide simplement d’ouvrir ses portes.

C’est aussi un moment qui n’est pas fait pour les lâches. Pas pour les responsables politiques qui disent à chaque public exactement ce qu’il veut entendre, pas pour ceux qui changent de position dès que le prix politique augmente, et pas pour des médias qui adoucissent chaque confrontation jusqu’à lui faire perdre tout son sens. Ceux qui pensent que la société israélienne a besoin d’un nouveau contrat entre ses différentes composantes devront, à un moment ou à un autre, le dire sans hésiter.

Samedi, pendant quelques heures au moins, des personnes très différentes l’ont dit de la manière la plus simple qui soit : elles sont venues.