Le plan des ultraorthodoxes à Jérusalem : paralyser totalement la ville

La protestation contre la loi sur la conscription et l’arrestation de déserteurs s’intensifie à Jérusalem, avec une volonté assumée de viser le quotidien: blocages, embouteillages géants et bus incapables de terminer leur trajet
Des manifestants près du pont des Cordes à Jérusalem, lors d’une protestation contre la loi sur la conscription et l’arrestation de déserteurs
Des manifestants près du pont des Cordes à Jérusalem, sur fond de protestation contre la loi sur la conscription et l’arrestation de déserteurs. Les blocages sur des axes centraux comme le pont des Cordes, la rue Bar-Ilan et Har Hotzvim affectent la circulation dans toute la ville (Photo: Israel Police)

Les protestations ultraorthodoxes à Jérusalem, sur fond de loi sur la conscription et d’arrestation de déserteurs de l’armée, entrent dans une phase plus dure, après des blocages de routes, des troubles à l’ordre public et des affrontements avec la police déjà observés lors de précédentes mobilisations. Cette fois, selon des sources proches de l’organisation des manifestations, l’objectif est clair: il ne s’agit plus seulement d’une manifestation ponctuelle, mais d’une tentative de provoquer une paralysie routière à grande échelle dans toute la ville.

Les principaux points de blocage sont le pont des Cordes, la rue Bar-Ilan et le secteur de Har Hotzvim. Ce ne sont pas seulement des axes chargés: ce sont des artères essentielles qui structurent la circulation dans de larges parties de Jérusalem. Le blocage de l’un d’eux se répercute rapidement sur les entrées de la ville, les lignes de bus, l’accès au travail, aux écoles, aux soins médicaux et aux zones commerciales. Un trajet de 15 minutes peut se transformer en deux heures et demie d’attente épuisante dans les embouteillages, et parfois la circulation s’arrête tout simplement.

Pourquoi la loi sur la conscription enflamme-t-elle de nouveau les rues de Jérusalem?

La loi sur la conscription vise, au fond, à encadrer le statut des étudiants des yeshivot ultraorthodoxes face à l’obligation de servir dans l’armée israélienne: qui sera enrôlé, qui poursuivra ses études religieuses, quels seront les objectifs de recrutement et ce qui arrivera à ceux qui ne se présentent pas aux autorités militaires. Après l’expiration des précédents dispositifs d’exemption et les décisions judiciaires imposant à l’État d’appliquer plus largement l’obligation de conscription, le sujet est passé d’un long débat politique à une confrontation directe entre l’État et une partie du public ultraorthodoxe.

L’arrestation de déserteurs ultraorthodoxes, de jeunes hommes qui ne se sont pas présentés au service ou n’ont pas régularisé leur statut auprès des autorités militaires, est perçue par certains courants comme une ligne rouge. Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un combat contre le service dans l’armée, mais d’une lutte pour préserver le monde des yeshivot et le mode de vie ultraorthodoxe tel qu’ils le conçoivent.

Quelles routes sont bloquées lors des protestations contre la conscription à Jérusalem?

Jérusalem est particulièrement vulnérable aux blocages. Sa topographie, le nombre limité de ses axes de circulation et la surcharge constante des transports publics transforment chaque point de protestation en point de pression urbain. Lorsque des manifestants descendent sur la chaussée près du pont des Cordes, dans la rue Bar-Ilan ou à proximité de Har Hotzvim, la perturbation ne reste pas locale. Des lignes de bus sont bloquées, des trajets sont annulés, les conducteurs cherchent des itinéraires de contournement, et même ceux qui ne se trouvent pas près du lieu de la protestation découvrent que toute la ville est prise dans l’engrenage.

En même temps, ces protestations montrent une nouvelle fois la puissance d’organisation du public ultraorthodoxe à Jérusalem. En peu de temps, différents groupes parviennent à faire descendre des centaines, parfois des milliers de personnes dans les rues, à diffuser des messages via des réseaux communautaires fermés et des canaux de direction internes, et à créer une pression publique immédiatement ressentie.

«Nous ne céderons pas», affirme une source proche des organisateurs des protestations. Selon elle, «si notre public paie le prix de l’arrestation de déserteurs, alors Jérusalem paiera aussi un prix. Le message est clair: mourir plutôt que s’enrôler».

Pour les habitants de la ville, la signification est beaucoup plus simple: une nouvelle journée où sortir de chez soi peut devenir un pari routier, et une nouvelle protestation où le combat autour de la loi sur la conscription se déplace directement sur la chaussée.